
Mis à jour le 03 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Pouvez-vous imaginer être poursuivi par une agence fédérale américaine à 15 ans ? C'est ce qui est arrivé à Jonathan Lebed, lycéen de la banlieue du New Jersey. Depuis l'ordinateur de sa chambre, il achetait des « penny stocks », en faisait la promotion sur les forums boursiers, puis revendait dès que le cours montait. Le 20 septembre 2000, il est devenu le premier mineur poursuivi par la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine.
Plus de vingt-cinq ans après, son histoire reste un cas d'école : la mécanique qu'il utilisait, le pump and dump, est exactement celle que l'on retrouve aujourd'hui sur les réseaux sociaux, les groupes Telegram ou Discord et les petites cryptomonnaies.
Jonathan G. Lebed naît le 29 septembre 1984 et grandit à Cedar Grove, une petite ville résidentielle du New Jersey, à une trentaine de kilomètres de Wall Street. Il se passionne pour la Bourse vers 12 ans. Ses parents lui ouvrent alors un compte de courtage au nom de son père, alimenté par environ 8 000 dollars provenant de bons d'épargne et de cadeaux d'anniversaire.
Nous sommes à la fin des années 1990, en pleine bulle Internet. Les courtiers en ligne viennent de rendre la Bourse accessible aux particuliers et les forums de discussion financiers, comme ceux de Yahoo! Finance, sont en plein essor et très peu surveillés. L'adolescent, autodidacte, se lève tôt pour passer ses ordres avant de partir au lycée.
Selon la SEC, Jonathan Lebed a répété le même scénario à onze reprises, sur neuf titres différents :
Détail révélateur : il lui arrivait de placer un ordre de vente à cours limité la veille au soir, pour être certain de profiter du pic pendant qu'il était en classe. D'après le journaliste Michael Lewis, ses messages suffisaient à faire passer le volume quotidien d'un titre d'environ 60 000 actions à plus d'un million.
Pourquoi est-ce illégal ? Donner son avis sur une action est permis. Ce qui ne l'est pas, c'est de diffuser des informations fausses ou trompeuses, en se faisant passer pour plusieurs personnes, afin de vendre à ceux que l'on vient de convaincre d'acheter. Les perdants sont les derniers acheteurs, qui se retrouvent avec un titre dont le cours retombe aussitôt.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Période des faits retenus par la SEC | 23 août 1999 – 4 février 2000 |
| Âge de Jonathan Lebed | 14 puis 15 ans |
| Opérations poursuivies | 11, sur 9 actions |
| Gain par opération | d'environ 11 000 à 74 000 $ |
| Gains illicites retenus | 272 826 $ |
| Intérêts | 12 174 $ |
| Total restitué | 285 000 $ |
| Gains totaux estimés (60 Minutes) | environ 800 000 $ |
| Amende ou peine de prison | aucune |
Le 20 septembre 2000, la SEC annonce simultanément les poursuites et leur règlement. Il s'agit d'une procédure civile et administrative, et non d'un procès pénal : Jonathan Lebed n'a donc jamais été « condamné » au sens strict. Aux termes de l'accord, il :
La SEC ne lui inflige aucune amende et ses parents ne sont pas mis en cause. Son avocat a qualifié le montant de l'accord de relativement arbitraire, et parlé d'une décision d'affaires. Le calcul était bon : l'émission 60 Minutes a estimé ses gains totaux à environ 800 000 dollars, ce qui lui laissait près d'un demi-million de dollars.
L'affaire devient célèbre en février 2001 avec la longue enquête que Michael Lewis lui consacre dans le New York Times Magazine. C'est pour cette raison que l'on voit souvent, à tort, l'année 2001 associée à l'accord.
L'affaire a divisé l'opinion américaine. Jonathan Lebed, lui, n'a jamais exprimé de remords : il affirmait n'avoir inventé aucun fait et faire la même chose que les analystes de Wall Street, qui recommandaient à l'époque des valeurs Internet détenues par leurs propres banques.
Ses parents ont pris sa défense. Son père, Greg Lebed, s'est dit fier de son fils devant les médias, en soulignant qu'il ne vendait pas de drogue et ne volait personne. Sa mère a surtout reproché à la SEC de ne jamais avoir contacté la famille avant de leur faire parvenir une assignation. Pour le régulateur, au contraire, l'affaire était aussi grave que n'importe quelle autre fraude sur Internet, quel que soit l'âge de son auteur.
Jonathan Lebed n'a pas quitté l'univers des petites capitalisations. En 2003, il se présente au conseil municipal de Cedar Grove, sans succès. Il fonde ensuite Lebed Biz LLC, dans le New Jersey, une société qui diffuse des commentaires et des lettres d'information sur des actions cotées.
La presse américaine a également rapporté un litige commercial avec une société texane, qui a débouché sur un jugement civil de 2,56 millions de dollars, réglé par la suite par un accord. Son nom a par ailleurs été associé à la National Inflation Association, une lettre d'information sur l'inflation que plusieurs sites spécialisés ont accusée de promouvoir des microcapitalisations.
Depuis, il fait profil bas et n'accorde pratiquement plus d'interviews.
Les forums Yahoo! ont laissé la place à X, Telegram, Discord, TikTok ou Reddit, et les penny stocks aux petites cryptomonnaies, mais le schéma n'a pas changé. Voici les vérifications à faire avant d'acheter un actif « dont tout le monde parle ».
Un pump and dump vise presque toujours un actif peu liquide : penny stock, microcapitalisation ou petite cryptomonnaie. Si quelques dizaines de milliers d'euros suffisent à faire bouger le cours, la prudence s'impose.
Compte anonyme, profil créé récemment, messages identiques publiés sous plusieurs pseudonymes : demandez-vous si l'auteur détient déjà le titre et ce qu'il gagne à vous convaincre.
Vérifiez les communiqués de la société, ses comptes publiés et les listes noires du régulateur. Une hausse annoncée sans aucune nouvelle vérifiable est un signal d'alerte.
Les promesses chiffrées, les majuscules et l'injonction d'acheter tout de suite sont la signature d'une opération de promotion, pas d'une analyse.
Si le cours et les volumes s'envolent déjà, vous arrivez probablement au moment où les initiateurs vendent. Abstenez-vous et signalez l'opération à l'AMF.
En France et en Europe : la manipulation de marché est interdite par le règlement européen sur les abus de marché (MAR). Elle est sanctionnée par l'Autorité des marchés financiers (AMF) et peut faire l'objet de poursuites pénales. Depuis l'entrée en application du règlement MiCA, l'interdiction vaut aussi pour les crypto-actifs.
L'affaire Jonathan Lebed a montré dès 2000 qu'un particulier isolé, même adolescent, pouvait déplacer le cours d'une action avec une simple connexion Internet. Elle a aussi montré les limites de la réponse des régulateurs : Lebed a rendu 285 000 dollars, mais il en aurait gardé bien davantage.
Pour l'investisseur d'aujourd'hui, la leçon est simple : quand un inconnu vous presse d'acheter un titre minuscule, c'est le plus souvent parce qu'il cherche un acheteur pour les siens. Les actifs liquides, l'information vérifiable et un intermédiaire régulé restent les meilleures protections.
Avertissement sur les risques : les CFD sont des instruments complexes qui présentent un risque élevé de perte rapide en raison de l'effet de levier. Chez la plupart des brokers, entre 69 % et 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD. Consultez le pourcentage exact publié par chaque broker et assurez-vous de comprendre le fonctionnement des CFD avant d'investir.