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Kweku Adoboli : le rogue trader qui a coûté 2,3 milliards de dollars à UBS

Kweku Adoboli, ancien trader d'UBS

Mis à jour le 02 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr

Dans le monde de la finance, personne ne se rend jamais compte à quel point il est proche de la ligne rouge imaginaire et transitoire, jusqu'à ce qu'il la franchisse et se fasse frapper en plein visage. Kweku Adoboli.

En septembre 2011, la banque suisse UBS annonce une perte d'environ 2,3 milliards de dollars causée par un seul trader de son bureau de Londres : Kweku Adoboli, 31 ans. L'affaire est alors présentée par l'accusation comme la plus grande fraude bancaire de l'histoire britannique. Elle reste l'un des cas les plus étudiés parmi les rogue traders, car elle montre comment de petites pertes dissimulées peuvent devenir incontrôlables.

L'essentiel à retenir

  • Perte pour UBS : environ 2,3 milliards de dollars (1,3 à 1,4 milliard de livres sterling selon les sources).
  • Méthode : positions non autorisées sur futures d'indices, masquées par de fausses opérations de couverture.
  • Condamnation : sept ans de prison en novembre 2012, libération en juin 2015.
  • Suite : interdiction d'exercer dans la finance britannique, puis expulsion vers le Ghana le 14 novembre 2018.

Qui est Kweku Adoboli ?

Kweku Adoboli est né le 21 mai 1980 à Tema, au Ghana. Fils d'un haut fonctionnaire des Nations unies, il quitte le pays à l'âge de quatre ans au gré des affectations de son père, puis s'installe au Royaume-Uni à douze ans. Il y est scolarisé en internat, où il devient head boy (délégué principal des élèves), avant d'obtenir un diplôme à l'université de Nottingham.

Il entre chez UBS à Londres en 2003 comme jeune diplômé, d'abord dans les fonctions de back-office, puis rejoint la salle des marchés. Au moment de son arrestation, il est directeur au sein du desk ETF de la division dérivés actions.

Selon Lindsay Fortado, journaliste au Financial Times qui a entretenu une longue correspondance avec lui pendant sa détention, cet homme joyeux et sociable était la personne vers qui se tournaient les collègues ayant commis une erreur ou subi une perte inattendue. Adoboli a toujours affirmé avoir voulu aider son employeur : toutes ses décisions, dit-il, visaient à atteindre les objectifs de la banque. Malheureusement, ces décisions incluaient une prise de risque excessive et la fraude.

L'affaire Adoboli en chiffres

ÉlémentDétail
BanqueUBS (bureau de Londres)
ActivitéDesk ETF / Delta One, division dérivés actions
Perte de tradingEnviron 2,3 milliards de dollars
Capitalisation boursière effacéeEnviron 2,7 milliards de livres sterling
Produits concernésFutures sur indices S&P 500, DAX et EuroStoxx
Arrestation15 septembre 2011
Peine7 ans de prison (novembre 2012)
Amende infligée à UBS29,7 millions de livres sterling (régulateur britannique)

Pour situer l'ampleur de l'affaire, voici les trois cas de rogue trading les plus connus :

TraderBanqueAnnéePerte
Jérôme KervielSociété Générale20084,9 milliards d'euros
Kweku AdoboliUBS20112,3 milliards de dollars
Nick LeesonBarings1995827 millions de livres

Comment la fraude a fonctionné

Adoboli travaillait dans un secteur appelé « Delta One » : des produits (ETF, futures, swaps) dont le prix suit presque exactement celui de l'actif sous-jacent. Le rôle normal d'un tel desk est de gagner de petites marges sur de très gros volumes, avec des positions couvertes. Le commentateur financier John Gapper, dans son livre How To Be A Rogue Trader, souligne que ce domaine est propice aux dérives : les volumes sont élevés et l'activité est difficile à comprendre pour les personnes extérieures.

Le mécanisme a reposé sur trois éléments :

  • Des positions directionnelles non autorisées. Au lieu de rester couvert, Adoboli pariait sur la direction des marchés, bien au-delà des limites de risque fixées à son desk.
  • De fausses couvertures. Il enregistrait dans les systèmes des opérations fictives qui semblaient compenser ses positions. La banque croyait son exposition protégée alors qu'elle ne l'était pas.
  • La connaissance du back-office. Son expérience des fonctions de contrôle lui permettait de savoir quelles opérations étaient vérifiées, et à quel moment.

Au printemps et à l'été 2011, dans un marché très volatil (crise de la dette en zone euro, dégradation de la note des États-Unis), il se trompe à plusieurs reprises sur l'orientation des marchés. Plutôt que d'accepter ses pertes, il augmente la taille de ses positions pour tenter de se refaire. Les pertes s'accumulent jusqu'à devenir impossibles à cacher.

Chronologie de l'affaire

DateÉvénement
2003Entrée chez UBS à Londres comme jeune diplômé
Été 2011Les pertes sur futures d'indices s'aggravent ; UBS commence à s'interroger sur ses opérations
14 septembre 2011Adoboli reconnaît par e-mail auprès de sa hiérarchie avoir passé de fausses opérations
15 septembre 2011Arrestation par la police de la City de Londres ; UBS annonce la perte
Septembre 2011Démission du directeur général d'UBS, Oswald Grübel
20 novembre 2012Condamnation à sept ans de prison pour deux chefs de fraude
Novembre 2012UBS reçoit une amende de 29,7 millions de livres du régulateur britannique
Juin 2015Libération après avoir purgé environ la moitié de sa peine
14 novembre 2018Expulsion du Royaume-Uni vers le Ghana

Procès, condamnation et conséquences pour UBS

Lors de son procès à Londres, Adoboli est reconnu coupable de deux chefs de fraude par abus de position et acquitté de quatre chefs de fausse comptabilité. Il est condamné à sept ans de prison. Le juge lui déclare qu'il a été assez arrogant pour penser que les règles de la banque applicables aux traders ne le concernaient pas.

Adoboli n'a jamais nié les faits. Mais il a soutenu, au tribunal comme dans les médias, que ses responsables savaient ce qu'il faisait et que la recherche de profits élevés l'avait poussé à dépasser les limites de risque. Il a ainsi expliqué à l'émission Today de Radio 4 qu'il était parfois évident que les profits attendus ne pouvaient être obtenus qu'en dépassant ces limites.

Comme d'autres rogue traders, il n'a pas détourné d'argent pour lui-même : son gain se limitait à son salaire et à ses primes. Le prix personnel a en revanche été élevé : nuits sans sommeil avant la découverte des faits, puis la prison et la perte de sa carrière.

Pour UBS, les conséquences ont dépassé la seule perte de trading :

  • le directeur général Oswald Grübel a quitté ses fonctions quelques jours après l'annonce ;
  • le régulateur britannique a infligé à la banque une amende de 29,7 millions de livres pour des systèmes de contrôle jugés gravement défaillants ;
  • le régulateur suisse (FINMA) a lui aussi imposé des mesures de surveillance ;
  • la banque a accéléré la réduction de sa banque d'investissement et revu sa gestion des risques.

Après la prison : expulsion vers le Ghana

Libéré en juin 2015, Adoboli est interdit d'exercer toute fonction réglementée dans les services financiers par le régulateur britannique. Il se tourne alors vers l'éducation : il donne des conférences sur la gouvernance d'entreprise, la gestion des risques et la culture bancaire, en disant vouloir que son expérience serve à rendre le système plus stable. Il confie à la BBC en 2016 que les jeunes de la finance restent confrontés aux mêmes conflits et aux mêmes pressions pour réussir à tout prix.

Ses problèmes d'immigration, eux, ne se sont pas réglés. N'ayant jamais demandé la nationalité britannique, il tombe sous le coup de la loi qui prévoit l'expulsion des ressortissants étrangers condamnés à plus de quatre ans de prison. Malgré plusieurs recours et le soutien de plus d'une centaine de parlementaires, il est expulsé vers le Ghana le 14 novembre 2018, un pays où il n'avait plus vécu depuis l'enfance.

Au Ghana, il a continué à s'exprimer sur la culture du risque dans les banques. En 2020, il présentait à la presse un projet visant à développer le marché local des obligations adossées à des crédits immobiliers. Depuis, il se fait plus discret dans les médias internationaux.

Seul l'enfant qui va chercher de l'eau peut accidentellement casser le pot. Proverbe Ewe cité par Kweku Adoboli dans son profil Twitter.

5 leçons de gestion du risque pour les traders

L'affaire Adoboli ne concerne pas que les banques. Les erreurs qui l'ont mené à la catastrophe (refuser une perte, augmenter la mise, se mentir sur son exposition) sont les mêmes que celles qui vident le compte d'un trader particulier. Voici cinq règles à en tirer.

1
Fixer une limite de risque et s'y tenir

Définissez avant chaque trade le montant maximal que vous acceptez de perdre, par exemple 1 à 2 % du capital. Une limite que l'on relève en cours de position n'est plus une limite.

2
Couper ses pertes au lieu de les moyenner

Placez un stop loss dès l'ouverture de la position. Augmenter la taille d'une position perdante pour se refaire est précisément ce qui a transformé les pertes d'Adoboli en milliards.

3
Ne jamais masquer une perte

Tenez un journal de trading honnête. Une perte enregistrée et analysée est une information utile ; une perte cachée, même à soi-même, est un risque qui grossit.

4
Vérifier que les couvertures sont réelles

Contrôlez votre exposition nette réelle sur l'ensemble du compte. Une couverture n'a de valeur que si elle est effectivement exécutée et de taille adaptée à la position qu'elle protège.

5
Faire une pause après une série de pertes

Fixez une perte maximale par jour ou par semaine au-delà de laquelle vous arrêtez de trader. Les pires décisions se prennent sous la pression de devoir récupérer rapidement.

FAQ - Questions fréquentes

Qui est Kweku Adoboli ? ▾
Kweku Adoboli est un ancien trader d'UBS né au Ghana en 1980. Il travaillait à Londres sur le desk ETF (Delta One) et a été condamné en 2012 pour une fraude ayant fait perdre environ 2,3 milliards de dollars à la banque.
Combien Kweku Adoboli a-t-il fait perdre à UBS ? ▾
Environ 2,3 milliards de dollars, soit 1,3 à 1,4 milliard de livres sterling selon le taux de change retenu. L'annonce de la perte a aussi effacé environ 2,7 milliards de livres de capitalisation boursière.
Comment Kweku Adoboli a-t-il caché ses pertes ? ▾
Il enregistrait de fausses opérations de couverture dans les systèmes de la banque, ce qui donnait l'impression que ses positions étaient protégées alors qu'elles ne l'étaient pas. Son passage par le back-office l'a aidé à connaître les failles des contrôles.
Quelle peine Kweku Adoboli a-t-il reçue ? ▾
Il a été condamné en novembre 2012 à sept ans de prison pour deux chefs de fraude par abus de position, et acquitté de quatre chefs de fausse comptabilité. Il a été libéré en juin 2015 après avoir purgé environ la moitié de sa peine.
Kweku Adoboli s'est-il enrichi personnellement ? ▾
Non, il n'a pas détourné d'argent pour son compte. Son bénéfice se limitait à son salaire et à ses primes, qui dépendaient toutefois des résultats affichés par son desk.
Que devient Kweku Adoboli aujourd'hui ? ▾
Il a été expulsé du Royaume-Uni vers le Ghana le 14 novembre 2018 et il est interdit d'exercer dans la finance britannique. Au Ghana, il s'est exprimé sur la culture bancaire et a présenté en 2020 un projet lié au marché obligataire local.
Quelle est la différence entre Kweku Adoboli, Jérôme Kerviel et Nick Leeson ? ▾
Les trois ont pris des positions non autorisées masquées par de fausses écritures. Kerviel a coûté 4,9 milliards d'euros à la Société Générale en 2008, Adoboli 2,3 milliards de dollars à UBS en 2011 et Leeson 827 millions de livres à la Barings en 1995, ce qui a provoqué la faillite de cette dernière.
Qu'est-ce qu'un desk Delta One ? ▾
C'est une activité de trading sur des produits qui répliquent presque à l'identique le prix d'un actif sous-jacent, comme les ETF, les futures ou les swaps. Les marges sont faibles et les volumes très élevés, ce qui rend les contrôles plus difficiles.

Conclusion

L'histoire de Kweku Adoboli n'est pas celle d'un escroc cherchant à s'enrichir, mais celle d'un trader apprécié qui a refusé d'accepter ses pertes et a préféré les cacher. En quelques mois, cette logique a coûté 2,3 milliards de dollars à UBS, son poste au directeur général de la banque, et à Adoboli sa liberté, sa carrière puis son pays d'adoption.

La leçon vaut pour tout trader, quel que soit son capital : une perte acceptée tôt reste une petite perte. Limites de risque, stop loss et transparence sur ses résultats sont les protections les plus simples contre ce type de dérive.

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