
Mis à jour le 29 septembre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
George Soros est sans doute le cambiste le plus célèbre de l'histoire. Le 16 septembre 1992, son pari contre la livre sterling a contraint la Banque d'Angleterre à sortir du Mécanisme de change européen et lui a rapporté environ un milliard de dollars. Derrière ce trade légendaire se cache un parcours hors norme : survivant de l'occupation nazie, élève du philosophe Karl Popper, fondateur du Quantum Fund, puis philanthrope parmi les plus généreux – et les plus controversés – de la planète.
Dans cet article, nous retraçons sa vie et sa carrière, nous expliquons sa théorie de la réflexivité et nous en tirons des leçons concrètes pour le trading sur le forex.
George Soros est un investisseur et philanthrope américain d'origine hongroise. Pendant plus de quarante ans, il a géré des capitaux pour des clients extérieurs, avant de transformer en 2011 son fonds en family office dédié à sa famille et à ses fondations. Il est l'un des pionniers de la gestion macro globale : prendre des positions massives sur les devises, les taux d'intérêt, les indices et les matières premières en fonction des grands déséquilibres économiques et politiques.
Il est aussi l'un des personnages les plus clivants de la finance. Ses admirateurs voient en lui un génie des marchés et un défenseur des sociétés démocratiques ; ses détracteurs lui reprochent d'avoir déstabilisé des monnaies nationales et de peser trop lourdement sur la vie politique, notamment aux États-Unis. Il fait également l'objet de nombreuses théories du complot, dont certaines à caractère antisémite, dénoncées par les organisations de lutte contre l'antisémitisme.
Né György Schwartz dans une famille juive de Budapest, il voit sa famille adopter le nom de Soros en 1936. L'occupation allemande de la Hongrie en 1944 constitue, selon ses propres mots, l'expérience fondatrice de sa vie. Grâce à son père Tivadar, qui procure de faux papiers à sa famille et à d'autres personnes, les Soros échappent à la déportation qui frappe des centaines de milliers de Juifs hongrois.
Son biographe Michael Kaufman souligne que son père a préparé ses fils à l'imprévisible : une leçon de survie qui deviendra une philosophie d'investissement. En 1947, alors que les communistes prennent le pouvoir, George Soros quitte la Hongrie pour Londres. Il y vit dans la précarité, enchaîne les petits emplois (serveur, porteur dans une gare) et étudie à la London School of Economics, où il suit l'enseignement du philosophe Karl Popper. C'est de Popper qu'il tire l'idée de « société ouverte » et la conviction que la connaissance humaine est toujours imparfaite.
Après quelques années dans une banque d'affaires londonienne, Soros s'installe à New York en 1956. Il y travaille comme arbitragiste puis analyste spécialisé dans les actions européennes. En 1969, il lance chez Arnhold and S. Bleichroeder le fonds Double Eagle, avec environ 4 millions de dollars.
En 1973, il s'associe avec Jim Rogers pour fonder leur propre structure, qui deviendra Soros Fund Management. Le fonds prend le nom de Quantum Fund en 1979, en référence au principe d'incertitude de Heisenberg. Les performances de la décennie sont exceptionnelles : selon les chiffres couramment cités, le fonds progresse d'environ 4 200 % entre 1970 et 1980, contre moins de 50 % pour le S&P 500. Jim Rogers quitte l'aventure en 1980 et Stanley Druckenmiller rejoint Soros en 1988, devenant le principal gérant du fonds jusqu'en 2000.
Sur l'ensemble de son existence, le Quantum Fund a affiché un rendement annuel moyen d'environ 20 %, ce qui en fait l'un des hedge funds les plus performants de l'histoire.
En 1987, Soros publie L'Alchimie de la finance (The Alchemy of Finance), où il expose sa théorie de la réflexivité. L'idée va à l'encontre de la théorie des marchés efficients :
Pour Soros, le rôle du trader n'est donc pas de trouver le « juste prix », mais de repérer le moment où une tendance s'auto-alimente, puis celui où elle devient intenable. Il résume son approche par une idée devenue célèbre : ce qui compte n'est pas d'avoir raison ou tort, mais combien on gagne quand on a raison et combien on perd quand on a tort.
En octobre 1990, le Royaume-Uni rejoint le Mécanisme de change européen (MCE, ou ERM en anglais) à un cours pivot de 2,95 marks allemands par livre, avec une marge de fluctuation de ±6 %. Le problème : après la réunification, la Bundesbank maintient des taux élevés pour contenir l'inflation, alors que l'économie britannique est en récession. Défendre la livre impose à Londres des taux trop élevés pour son économie.
Soros et Druckenmiller jugent la situation intenable. Ils accumulent une position vendeuse d'environ 10 milliards de dollars sur la livre sterling, principalement contre le mark.
| Date | Événement |
|---|---|
| Octobre 1990 | Entrée de la livre dans le MCE à 2,95 DEM |
| Été 1992 | Pression croissante sur la livre, qui s'approche du bas de sa bande de fluctuation |
| Septembre 1992 | Le Quantum Fund porte sa position vendeuse à environ 10 milliards $ |
| 16 septembre 1992 (matin) | La Banque d'Angleterre achète massivement des livres et relève son taux directeur de 10 % à 12 % |
| 16 septembre 1992 (après-midi) | Annonce d'une hausse à 15 %, sans effet sur les vendeurs |
| 16 septembre 1992 (soir) | Le Royaume-Uni suspend sa participation au MCE : c'est le « Mercredi noir » |
La livre chute ensuite de plus de 10 % face au mark. Le trade rapporte environ un milliard de dollars au Quantum Fund, et entre 1,5 et 2 milliards avec les positions prises sur d'autres devises et sur les taux européens. Le Trésor britannique a de son côté estimé le coût de l'épisode à 3,3 milliards de livres. Soros y gagne son surnom : « l'homme qui a fait sauter la Banque d'Angleterre ».
Ce trade illustre parfaitement la réflexivité : plus les spéculateurs vendaient, plus la défense de la livre devenait coûteuse, et plus il devenait probable que Londres abandonne.
En 1997, les fonds de Soros prennent des positions vendeuses sur le baht thaïlandais, dont l'ancrage au dollar leur semble insoutenable face aux déficits et à l'endettement en devises du pays. En juillet 1997, la Thaïlande laisse flotter sa monnaie, qui s'effondre, déclenchant une crise qui se propage à toute l'Asie du Sud-Est.
Le Premier ministre malaisien de l'époque, Mahathir Mohamad, accuse publiquement Soros d'avoir provoqué la chute du ringgit. Soros conteste ce rôle et rappelle que les déséquilibres économiques de la région préexistaient. Les économistes s'accordent aujourd'hui à dire que les spéculateurs ont accéléré une crise dont les causes étaient d'abord internes.
La carrière de Soros n'est pas une suite ininterrompue de victoires :
Ces épisodes rappellent qu'aucun trader, même légendaire, ne gagne à tous les coups. La différence tient à la gestion des pertes.
En 1988, le financier Georges Pébereau prépare un raid sur la Société Générale, récemment privatisée, et sollicite George Soros pour y participer. Soros décline, mais achète ensuite des actions de la banque, qu'il revend avec une plus-value d'environ 2,3 millions de dollars.
Une enquête est ouverte en 1990. En décembre 2002, le tribunal correctionnel de Paris le reconnaît coupable de délit d'initié et le condamne à une amende de 2,2 millions d'euros, confirmée en appel en 2005. En 2006, la Cour de cassation confirme la culpabilité mais demande de recalculer l'amende, finalement fixée à 940 500 euros. Soros saisit alors la Cour européenne des droits de l'homme, qui juge le 6 octobre 2011 que la condamnation française ne viole pas la Convention.
Dès 1979, Soros finance des bourses d'études pour des étudiants noirs en Afrique du Sud sous l'apartheid, puis des dissidents en Europe de l'Est. Son réseau de fondations, les Open Society Foundations, soutient la société civile, la liberté de la presse, les droits des minorités et la justice dans plus de 100 pays. Parmi ses réalisations marquantes :
Sur le plan politique, Soros s'engage publiquement contre la réélection de George W. Bush en 2004 et devient l'un des principaux donateurs du Parti démocrate américain via sa structure Democracy PAC. En 2023, il transmet la présidence des Open Society Foundations et la direction de ses activités politiques à son fils Alex Soros. Pour les élections de mi-mandat de novembre 2026, la famille a déjà versé plus de 100 millions de dollars au Democracy PAC selon les déclarations à la Commission électorale fédérale.
En janvier 2025, le président Joe Biden lui décerne la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile des États-Unis, un choix vivement critiqué par les conservateurs américains.
À 96 ans, George Soros s'est retiré de la gestion quotidienne. Soros Fund Management reste un acteur important des marchés en tant que family office : selon sa déclaration 13F du deuxième trimestre 2026, son portefeuille d'actions américaines cotées pèse environ 8,1 milliards de dollars, réparti sur plus de 260 positions. Sa fortune personnelle est estimée à environ 8,6 milliards de dollars par Forbes en septembre 2026.
| Indicateur | Donnée (septembre 2026) |
|---|---|
| Âge | 96 ans |
| Fortune estimée | ≈ 8,6 milliards $ (Forbes) |
| Dons aux Open Society Foundations | Plus de 32 milliards $ |
| Portefeuille 13F de Soros Fund Management | ≈ 8,1 milliards $ (T2 2026) |
| Président des Open Society Foundations | Alex Soros (depuis 2023) |
Un particulier ne peut évidemment pas vendre 10 milliards de dollars de livres sterling. En revanche, la démarche de Soros reste parfaitement transposable à l'échelle d'un compte de trading. Voici comment appliquer ses principes sur le forex :
Cherchez un déséquilibre fondamental : une devise défendue artificiellement par une banque centrale, un écart de taux important, une politique budgétaire intenable. Les calendriers économiques et les décisions des banques centrales sont vos meilleures sources.
Soros commençait souvent par une position d'essai. Ouvrez une petite position pour vérifier que le marché confirme votre hypothèse avant d'engager davantage de capital.
Lorsque les prix et les fondamentaux vont dans votre sens, renforcez progressivement. C'est ce que Soros a poussé Druckenmiller à faire en 1992 : quand on a raison, il faut en profiter pleinement, sans dépasser son budget de risque.
Soros disait accepter d'avoir souvent tort, à condition de le reconnaître vite. Fixez un stop loss avant d'entrer en position et sortez dès que les faits contredisent votre scénario.
Limitez le risque à 1 ou 2 % de votre capital par position et utilisez un effet de levier modéré. Rappelez-vous que la majorité des comptes de particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD.
George Soros restera comme le cambiste qui a fait plier une banque centrale. Mais réduire sa carrière au Mercredi noir serait une erreur : son véritable héritage pour les traders est une manière de penser les marchés, fondée sur l'analyse des déséquilibres, la conscience de ses propres biais et une gestion du risque sans état d'âme. Controversé pour ses engagements politiques, il est aussi l'un des plus grands philanthropes de son époque. Pour un trader particulier, la meilleure façon de s'en inspirer est de tester ces principes avec des positions de taille raisonnable, idéalement d'abord sur un compte de démonstration.
Avertissement sur les risques : les CFD sont des instruments complexes qui présentent un risque élevé de perte rapide en raison de l'effet de levier. Chez la plupart des brokers, entre 69 % et 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD. Consultez le pourcentage exact publié par chaque broker et assurez-vous de comprendre le fonctionnement des CFD avant d'investir.