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George Soros, le cambiste qui a fait sauter la Banque d'Angleterre

George Soros, investisseur et cambiste

Mis à jour le 29 septembre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr

George Soros est sans doute le cambiste le plus célèbre de l'histoire. Le 16 septembre 1992, son pari contre la livre sterling a contraint la Banque d'Angleterre à sortir du Mécanisme de change européen et lui a rapporté environ un milliard de dollars. Derrière ce trade légendaire se cache un parcours hors norme : survivant de l'occupation nazie, élève du philosophe Karl Popper, fondateur du Quantum Fund, puis philanthrope parmi les plus généreux – et les plus controversés – de la planète.

Dans cet article, nous retraçons sa vie et sa carrière, nous expliquons sa théorie de la réflexivité et nous en tirons des leçons concrètes pour le trading sur le forex.

George Soros en bref

  • Naissance : 12 août 1930 à Budapest (Hongrie), naturalisé américain en 1961
  • Formation : London School of Economics, élève de Karl Popper
  • Fonds : Soros Fund Management et Quantum Fund (depuis 1969-1973)
  • Trade le plus célèbre : vente à découvert de la livre sterling en 1992 (≈ 1 milliard $ de gain)
  • Fortune : environ 8,6 milliards $ en septembre 2026 (Forbes)
  • Philanthropie : plus de 32 milliards $ donnés aux Open Society Foundations
  • Distinction : Presidential Medal of Freedom (janvier 2025)

Qui est George Soros ?

George Soros est un investisseur et philanthrope américain d'origine hongroise. Pendant plus de quarante ans, il a géré des capitaux pour des clients extérieurs, avant de transformer en 2011 son fonds en family office dédié à sa famille et à ses fondations. Il est l'un des pionniers de la gestion macro globale : prendre des positions massives sur les devises, les taux d'intérêt, les indices et les matières premières en fonction des grands déséquilibres économiques et politiques.

Il est aussi l'un des personnages les plus clivants de la finance. Ses admirateurs voient en lui un génie des marchés et un défenseur des sociétés démocratiques ; ses détracteurs lui reprochent d'avoir déstabilisé des monnaies nationales et de peser trop lourdement sur la vie politique, notamment aux États-Unis. Il fait également l'objet de nombreuses théories du complot, dont certaines à caractère antisémite, dénoncées par les organisations de lutte contre l'antisémitisme.

De Budapest à Londres : une jeunesse marquée par la guerre

Né György Schwartz dans une famille juive de Budapest, il voit sa famille adopter le nom de Soros en 1936. L'occupation allemande de la Hongrie en 1944 constitue, selon ses propres mots, l'expérience fondatrice de sa vie. Grâce à son père Tivadar, qui procure de faux papiers à sa famille et à d'autres personnes, les Soros échappent à la déportation qui frappe des centaines de milliers de Juifs hongrois.

Son biographe Michael Kaufman souligne que son père a préparé ses fils à l'imprévisible : une leçon de survie qui deviendra une philosophie d'investissement. En 1947, alors que les communistes prennent le pouvoir, George Soros quitte la Hongrie pour Londres. Il y vit dans la précarité, enchaîne les petits emplois (serveur, porteur dans une gare) et étudie à la London School of Economics, où il suit l'enseignement du philosophe Karl Popper. C'est de Popper qu'il tire l'idée de « société ouverte » et la conviction que la connaissance humaine est toujours imparfaite.

De Wall Street à la naissance du Quantum Fund

Après quelques années dans une banque d'affaires londonienne, Soros s'installe à New York en 1956. Il y travaille comme arbitragiste puis analyste spécialisé dans les actions européennes. En 1969, il lance chez Arnhold and S. Bleichroeder le fonds Double Eagle, avec environ 4 millions de dollars.

En 1973, il s'associe avec Jim Rogers pour fonder leur propre structure, qui deviendra Soros Fund Management. Le fonds prend le nom de Quantum Fund en 1979, en référence au principe d'incertitude de Heisenberg. Les performances de la décennie sont exceptionnelles : selon les chiffres couramment cités, le fonds progresse d'environ 4 200 % entre 1970 et 1980, contre moins de 50 % pour le S&P 500. Jim Rogers quitte l'aventure en 1980 et Stanley Druckenmiller rejoint Soros en 1988, devenant le principal gérant du fonds jusqu'en 2000.

Sur l'ensemble de son existence, le Quantum Fund a affiché un rendement annuel moyen d'environ 20 %, ce qui en fait l'un des hedge funds les plus performants de l'histoire.

La réflexivité, cœur de la méthode Soros

En 1987, Soros publie L'Alchimie de la finance (The Alchemy of Finance), où il expose sa théorie de la réflexivité. L'idée va à l'encontre de la théorie des marchés efficients :

  • les investisseurs n'ont jamais une vision parfaite de la réalité, leurs anticipations sont biaisées ;
  • ces anticipations biaisées font bouger les prix ;
  • les mouvements de prix modifient à leur tour les fondamentaux (crédit plus facile, valorisations qui permettent d'emprunter, confiance des ménages…) ;
  • il en résulte des cycles d'emballement puis d'effondrement (boom-bust) qui s'éloignent durablement de l'équilibre.

Pour Soros, le rôle du trader n'est donc pas de trouver le « juste prix », mais de repérer le moment où une tendance s'auto-alimente, puis celui où elle devient intenable. Il résume son approche par une idée devenue célèbre : ce qui compte n'est pas d'avoir raison ou tort, mais combien on gagne quand on a raison et combien on perd quand on a tort.

1992 : le trade contre la livre sterling

En octobre 1990, le Royaume-Uni rejoint le Mécanisme de change européen (MCE, ou ERM en anglais) à un cours pivot de 2,95 marks allemands par livre, avec une marge de fluctuation de ±6 %. Le problème : après la réunification, la Bundesbank maintient des taux élevés pour contenir l'inflation, alors que l'économie britannique est en récession. Défendre la livre impose à Londres des taux trop élevés pour son économie.

Soros et Druckenmiller jugent la situation intenable. Ils accumulent une position vendeuse d'environ 10 milliards de dollars sur la livre sterling, principalement contre le mark.

DateÉvénement
Octobre 1990Entrée de la livre dans le MCE à 2,95 DEM
Été 1992Pression croissante sur la livre, qui s'approche du bas de sa bande de fluctuation
Septembre 1992Le Quantum Fund porte sa position vendeuse à environ 10 milliards $
16 septembre 1992 (matin)La Banque d'Angleterre achète massivement des livres et relève son taux directeur de 10 % à 12 %
16 septembre 1992 (après-midi)Annonce d'une hausse à 15 %, sans effet sur les vendeurs
16 septembre 1992 (soir)Le Royaume-Uni suspend sa participation au MCE : c'est le « Mercredi noir »

La livre chute ensuite de plus de 10 % face au mark. Le trade rapporte environ un milliard de dollars au Quantum Fund, et entre 1,5 et 2 milliards avec les positions prises sur d'autres devises et sur les taux européens. Le Trésor britannique a de son côté estimé le coût de l'épisode à 3,3 milliards de livres. Soros y gagne son surnom : « l'homme qui a fait sauter la Banque d'Angleterre ».

Ce trade illustre parfaitement la réflexivité : plus les spéculateurs vendaient, plus la défense de la livre devenait coûteuse, et plus il devenait probable que Londres abandonne.

La crise asiatique de 1997 : baht thaïlandais et ringgit

En 1997, les fonds de Soros prennent des positions vendeuses sur le baht thaïlandais, dont l'ancrage au dollar leur semble insoutenable face aux déficits et à l'endettement en devises du pays. En juillet 1997, la Thaïlande laisse flotter sa monnaie, qui s'effondre, déclenchant une crise qui se propage à toute l'Asie du Sud-Est.

Le Premier ministre malaisien de l'époque, Mahathir Mohamad, accuse publiquement Soros d'avoir provoqué la chute du ringgit. Soros conteste ce rôle et rappelle que les déséquilibres économiques de la région préexistaient. Les économistes s'accordent aujourd'hui à dire que les spéculateurs ont accéléré une crise dont les causes étaient d'abord internes.

Autres paris célèbres… et échecs

La carrière de Soros n'est pas une suite ininterrompue de victoires :

  • Krach de 1987 : convaincu que le marché japonais allait chuter avant Wall Street, il subit de lourdes pertes lors du krach d'octobre et doit liquider une partie de ses positions.
  • Crise russe de 1998 : ses fonds perdent environ 2 milliards de dollars lors du défaut de la Russie.
  • Bulle Internet (1999-2000) : le Quantum Fund subit de fortes pertes sur les valeurs technologiques ; Stanley Druckenmiller quitte le fonds en avril 2000.
  • L'or (2010) : lors du Forum de Davos, Soros qualifie l'or de « bulle ultime », alors même que son fonds détient d'importantes positions dans le SPDR Gold Trust (GLD), qu'il réduit fortement en 2011.
  • Le yen (2012-2013) : selon la presse financière, son pari contre le yen, anticipant la politique monétaire ultra-accommodante des « Abenomics », lui aurait rapporté environ un milliard de dollars.

Ces épisodes rappellent qu'aucun trader, même légendaire, ne gagne à tous les coups. La différence tient à la gestion des pertes.

L'affaire Société Générale : une condamnation pour délit d'initié

En 1988, le financier Georges Pébereau prépare un raid sur la Société Générale, récemment privatisée, et sollicite George Soros pour y participer. Soros décline, mais achète ensuite des actions de la banque, qu'il revend avec une plus-value d'environ 2,3 millions de dollars.

Une enquête est ouverte en 1990. En décembre 2002, le tribunal correctionnel de Paris le reconnaît coupable de délit d'initié et le condamne à une amende de 2,2 millions d'euros, confirmée en appel en 2005. En 2006, la Cour de cassation confirme la culpabilité mais demande de recalculer l'amende, finalement fixée à 940 500 euros. Soros saisit alors la Cour européenne des droits de l'homme, qui juge le 6 octobre 2011 que la condamnation française ne viole pas la Convention.

Philanthropie et engagement politique

Dès 1979, Soros finance des bourses d'études pour des étudiants noirs en Afrique du Sud sous l'apartheid, puis des dissidents en Europe de l'Est. Son réseau de fondations, les Open Society Foundations, soutient la société civile, la liberté de la presse, les droits des minorités et la justice dans plus de 100 pays. Parmi ses réalisations marquantes :

  • la création de l'Université d'Europe centrale (CEU) en 1991, contrainte de transférer l'essentiel de ses activités de Budapest à Vienne en 2019 après une loi hongroise ;
  • le financement d'une station de traitement de l'eau à Sarajevo pendant le siège, qui a permis aux habitants d'éviter les tirs de snipers autour des puits ;
  • plus de 32 milliards de dollars donnés au total, soit environ les trois quarts de sa fortune, sans jamais avoir signé le Giving Pledge.

Sur le plan politique, Soros s'engage publiquement contre la réélection de George W. Bush en 2004 et devient l'un des principaux donateurs du Parti démocrate américain via sa structure Democracy PAC. En 2023, il transmet la présidence des Open Society Foundations et la direction de ses activités politiques à son fils Alex Soros. Pour les élections de mi-mandat de novembre 2026, la famille a déjà versé plus de 100 millions de dollars au Democracy PAC selon les déclarations à la Commission électorale fédérale.

En janvier 2025, le président Joe Biden lui décerne la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile des États-Unis, un choix vivement critiqué par les conservateurs américains.

George Soros en 2026 : où en est-il ?

À 96 ans, George Soros s'est retiré de la gestion quotidienne. Soros Fund Management reste un acteur important des marchés en tant que family office : selon sa déclaration 13F du deuxième trimestre 2026, son portefeuille d'actions américaines cotées pèse environ 8,1 milliards de dollars, réparti sur plus de 260 positions. Sa fortune personnelle est estimée à environ 8,6 milliards de dollars par Forbes en septembre 2026.

IndicateurDonnée (septembre 2026)
Âge96 ans
Fortune estimée≈ 8,6 milliards $ (Forbes)
Dons aux Open Society FoundationsPlus de 32 milliards $
Portefeuille 13F de Soros Fund Management≈ 8,1 milliards $ (T2 2026)
Président des Open Society FoundationsAlex Soros (depuis 2023)

Les leçons de trading de George Soros

Un particulier ne peut évidemment pas vendre 10 milliards de dollars de livres sterling. En revanche, la démarche de Soros reste parfaitement transposable à l'échelle d'un compte de trading. Voici comment appliquer ses principes sur le forex :

1
Partir d'une analyse macroéconomique

Cherchez un déséquilibre fondamental : une devise défendue artificiellement par une banque centrale, un écart de taux important, une politique budgétaire intenable. Les calendriers économiques et les décisions des banques centrales sont vos meilleures sources.

2
Formuler une thèse et la tester

Soros commençait souvent par une position d'essai. Ouvrez une petite position pour vérifier que le marché confirme votre hypothèse avant d'engager davantage de capital.

3
Renforcer quand la thèse se confirme

Lorsque les prix et les fondamentaux vont dans votre sens, renforcez progressivement. C'est ce que Soros a poussé Druckenmiller à faire en 1992 : quand on a raison, il faut en profiter pleinement, sans dépasser son budget de risque.

4
Couper rapidement en cas d'erreur

Soros disait accepter d'avoir souvent tort, à condition de le reconnaître vite. Fixez un stop loss avant d'entrer en position et sortez dès que les faits contredisent votre scénario.

5
Adapter la taille à votre capital

Limitez le risque à 1 ou 2 % de votre capital par position et utilisez un effet de levier modéré. Rappelez-vous que la majorité des comptes de particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD.

Forces et limites de la méthode Soros

Forces
  • Vision macroéconomique globale qui détecte les déséquilibres avant le marché
  • Capacité à concentrer le capital sur les convictions les plus fortes
  • Discipline pour couper les positions perdantes rapidement
  • Cadre théorique (réflexivité) qui explique bulles et krachs
Limites
  • Positions géantes impossibles à reproduire pour un particulier
  • Méthode discrétionnaire, difficile à formaliser en règles précises
  • Pertes importantes lors de certaines erreurs (1987, 1998, 2000)
  • Accès privilégié à l'information et aux décideurs, hors de portée du grand public

FAQ - Questions fréquentes sur George Soros

Qui est George Soros ? ▾
George Soros est un investisseur et philanthrope américain d'origine hongroise, né à Budapest le 12 août 1930. Fondateur de Soros Fund Management et du Quantum Fund, il est surtout connu pour son trade contre la livre sterling en 1992, qui lui a valu le surnom de « l'homme qui a fait sauter la Banque d'Angleterre ».
Comment George Soros a-t-il fait sauter la Banque d'Angleterre ? ▾
En septembre 1992, Soros et son gérant Stanley Druckenmiller ont vendu à découvert environ 10 milliards de dollars de livres sterling, jugeant que le Royaume-Uni ne pourrait pas maintenir sa devise dans le Mécanisme de change européen. Malgré des hausses de taux et des achats massifs de livres, la Banque d'Angleterre a dû abandonner le 16 septembre 1992, jour du « Mercredi noir ».
Combien George Soros a-t-il gagné en 1992 ? ▾
Le trade contre la livre sterling a rapporté environ un milliard de dollars au Quantum Fund. Avec les positions prises sur d'autres devises européennes et sur les taux, le gain total de l'épisode est généralement estimé entre 1,5 et 2 milliards de dollars.
Quelle est la fortune de George Soros en 2026 ? ▾
Sa fortune est estimée à environ 8,6 milliards de dollars en septembre 2026 selon Forbes. Elle serait bien plus élevée s'il n'avait pas donné plus de 32 milliards de dollars à ses fondations Open Society.
Qu'est-ce que la théorie de la réflexivité de Soros ? ▾
La réflexivité décrit une boucle entre les perceptions des investisseurs et la réalité économique : les anticipations influencent les prix, et les prix modifient à leur tour les fondamentaux. Cette boucle crée des cycles d'emballement puis d'effondrement que Soros cherche à exploiter.
Le Quantum Fund existe-t-il encore ? ▾
Depuis 2011, le fonds n'accepte plus de capitaux extérieurs. Soros Fund Management est devenu un family office qui gère la fortune de la famille Soros et une partie des actifs des fondations Open Society.
George Soros a-t-il été condamné en France ? ▾
Oui. Il a été reconnu coupable de délit d'initié en 2002 pour des achats d'actions Société Générale réalisés en 1988. Après cassation, l'amende a été fixée à 940 500 euros. En 2011, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé que cette condamnation ne violait pas la Convention.
Qui dirige les fondations Open Society aujourd'hui ? ▾
Depuis 2023, c'est son fils Alexander (Alex) Soros qui préside les Open Society Foundations et pilote également les activités politiques de la famille.
Peut-on trader comme George Soros avec un petit capital ? ▾
On peut s'inspirer de sa démarche (analyse macroéconomique, thèse claire, sortie rapide en cas d'erreur), mais pas de la taille de ses positions. Un particulier doit limiter son risque à 1 ou 2 % du capital par trade et utiliser un levier modéré, car la majorité des comptes de détail perdent de l'argent sur les CFD.
Quels livres de George Soros lire ? ▾
Le plus connu est L'Alchimie de la finance (1987), où il expose la réflexivité et détaille ses trades. The Crisis of Global Capitalism (1998) et The New Paradigm for Financial Markets (2008) prolongent sa réflexion sur les bulles et les crises.

Conclusion

George Soros restera comme le cambiste qui a fait plier une banque centrale. Mais réduire sa carrière au Mercredi noir serait une erreur : son véritable héritage pour les traders est une manière de penser les marchés, fondée sur l'analyse des déséquilibres, la conscience de ses propres biais et une gestion du risque sans état d'âme. Controversé pour ses engagements politiques, il est aussi l'un des plus grands philanthropes de son époque. Pour un trader particulier, la meilleure façon de s'en inspirer est de tester ces principes avec des positions de taille raisonnable, idéalement d'abord sur un compte de démonstration.

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