
Mis à jour le 29 septembre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Surnommé le « Prince of the Pit », Richard Dennis est l'un des traders de matières premières les plus célèbres de l'histoire.
Parti de quelques centaines de dollars, il a bâti une fortune colossale dans les corbeilles de Chicago avant de lancer, en 1983, une expérience devenue légendaire : former des débutants à son système de suivi de tendance.
Ces élèves, les « Turtles » (Tortues), ont prouvé que le trading pouvait s'apprendre. Découvrez son parcours, les règles originales de la stratégie des Tortues et ce qu'il en reste aujourd'hui à travers des backtests.
| Fiche d'identité de Richard Dennis | |
|---|---|
| Nom | Richard J. Dennis |
| Surnom | Prince of the Pit |
| Naissance | Janvier 1949, Chicago (États-Unis) |
| Formation | Licence de philosophie (DePaul University) |
| Marchés | Contrats à terme : matières premières, devises, taux |
| Style | Suivi de tendance, pyramidage des positions gagnantes |
| Célèbre pour | L'expérience des Turtle Traders (1983-1988) |
Richard Dennis naît en janvier 1949 à Chicago et grandit dans une famille modeste d'ouvriers. À 17 ans, il décroche un emploi de coursier (runner) sur le parquet de la Chicago Mercantile Exchange, où il transmet les ordres aux traders. Il obtient ensuite une licence de philosophie à l'université DePaul et accepte même une bourse pour poursuivre ses études à l'université Tulane, avant de changer d'avis et de revenir au trading.
Il emprunte 1 600 dollars à sa famille et en dépense 1 200 pour acheter un siège au MidAmerica Commodity Exchange, un marché où se négocient des mini-contrats. Il lui reste donc 400 dollars pour trader. Problème : il faut avoir 21 ans pour négocier dans la corbeille. Pour contourner cette règle, Dennis fait appel à son père, qui passe les ordres à sa place dans le pit, tandis que lui-même joue le rôle de coursier.
Les débuts sont difficiles. Dans Market Wizards de Jack Schwager, Dennis raconte une journée où il a commis toutes les erreurs possibles : trop de risque, panique, ventes au plus bas. Ce jour-là, il perd environ 1 000 dollars sur les 4 000 qu'il possédait en deux heures, et il lui faut trois jours pour s'en remettre. Il considère pourtant cet échec comme l'une des meilleures choses qui lui soient arrivées, car il faut selon lui être passé par l'échec pour progresser.
Porté par les fortes tendances des marchés agricoles des années 1970 (inflation, mauvaises récoltes, achats massifs de blé par l'URSS en 1972), il fait passer son capital à 3 000 dollars en 1970, puis à plus de 100 000 dollars en 1973. En 1974, il réalise un gain de 500 000 dollars sur le soja et termine l'année millionnaire, juste avant ses 26 ans.
À la fin des années 1970, Dennis achète un siège complet au Chicago Board of Trade (CBOT), plus coûteux, et installe un bureau à l'étage pour trader davantage de marchés. Contrairement à la majorité des traders de parquet qui font du scalping à la journée, il conserve ses positions plusieurs semaines, ignore les fluctuations de court terme et renforce (pyramide) ses positions gagnantes. Ce style de suivi de tendance deviendra la base du système enseigné aux Tortues.
Au début des années 1980, Dennis débat avec son ami et associé William Eckhardt, mathématicien de formation : le talent de trader est-il inné ou peut-il s'enseigner ? Dennis est convaincu que n'importe qui peut apprendre à trader avec des règles claires. Eckhardt pense au contraire que les grands traders ont un don particulier. Pour trancher, ils décident de mener une expérience grandeur nature.
Dennis publie des annonces dans la presse financière et reçoit des milliers de candidatures. Il retient 23 personnes (21 hommes et 2 femmes), réparties en deux promotions : la première démarre en décembre 1983, la seconde en décembre 1984. Les profils sont très variés : joueurs de jeux de société, agent de sécurité, comptable, acteur… La formation ne dure que deux semaines.
Le nom de « Tortues » vient d'un voyage de Dennis à Singapour : après avoir visité un élevage de tortues, il aurait déclaré qu'il allait faire grandir des traders comme on élève des tortues.
En janvier 1984, après la formation, chaque Tortue reçoit un compte pour un mois de test, avec un maximum de 12 contrats par marché. Ceux qui appliquent correctement le système se voient ensuite confier entre 250 000 et 2 millions de dollars de l'argent personnel de Dennis. À la fin de l'expérience, cinq ans plus tard, les Tortues auraient réalisé environ 175 millions de dollars de gains cumulés. Dennis avait gagné son pari : le trading s'apprend.
Plusieurs Tortues ont ensuite mené de brillantes carrières de gérants de fonds de suivi de tendance, comme Jerry Parker (Chesapeake Capital), Liz Cheval (EMC Capital), Paul Rabar (Rabar Market Research), Tom Shanks (Hawksbill Capital Management) ou Howard Seidler (Saxon Investment Corporation). Curtis Faith, l'un des plus jeunes élèves, a publié en 2007 les règles détaillées du système dans son livre Way of the Turtle.
Le système Turtle est un système complet et 100 % mécanique : il indique quoi trader, combien, quand entrer, quand renforcer et quand sortir. L'idée centrale est de ne jamais rater une grande tendance, tout en limitant strictement la perte sur chaque trade. Voici les étapes, telles qu'elles ont été rendues publiques par d'anciennes Tortues.
Les Tortues tradaient un panier diversifié de contrats à terme très liquides : obligations et taux d'intérêt, devises, métaux, énergie, produits agricoles et indices boursiers. La diversification augmente les chances d'être présent sur la prochaine grande tendance.
La volatilité de chaque marché est mesurée par N, la moyenne mobile exponentielle sur 20 jours du True Range, soit l'équivalent de l'ATR (Average True Range) sur 20 jours. N représente le mouvement moyen d'une journée.
Une unité est dimensionnée pour qu'un mouvement de 1 N fasse varier le compte de 1 % : unité = 1 % du capital ÷ (N × valeur du point). On prend ainsi des positions plus petites sur les marchés volatils et plus grosses sur les marchés calmes, pour un risque équivalent partout. Règle complémentaire : à chaque baisse de 10 % du compte, la taille du capital de référence est réduite de 20 %.
Système 1 : achat lorsque le prix dépasse le plus haut des 20 derniers jours (vente à découvert sous le plus bas des 20 jours). Le signal est ignoré si la cassure précédente avait été gagnante, sauf si le prix casse ensuite le niveau des 55 jours. Système 2 : entrée sur la cassure des 55 jours, sans filtre.
Lorsque le marché avance dans le bon sens, une unité supplémentaire est ajoutée tous les ½ N, dans la limite de 4 unités par marché. Des plafonds existent aussi pour les marchés fortement corrélés (12 unités) et pour une même direction (12 unités).
Chaque position est protégée par un stop placé à 2N du prix d'entrée, ce qui limite le risque à 2 % du capital par unité. À chaque ajout d'unité, les stops de toutes les unités sont remontés de ½ N. Aucune exception n'est tolérée : le stop est toujours exécuté.
Système 1 : sortie d'une position acheteuse sur le plus bas des 10 derniers jours (plus haut des 10 jours pour une vente). Système 2 : sortie sur l'extrême des 20 derniers jours. Il n'y a pas d'objectif de gain : on laisse courir les profits tant que la tendance tient.
| Règle | Système 1 (court terme) | Système 2 (long terme) |
|---|---|---|
| Entrée | Cassure des 20 jours | Cassure des 55 jours |
| Filtre | Signal ignoré si la cassure précédente était gagnante | Aucun, tous les signaux sont pris |
| Sortie | Extrême des 10 jours | Extrême des 20 jours |
| Stop | 2N | 2N |
| Pyramidage | 1 unité tous les ½ N, 4 unités max. | 1 unité tous les ½ N, 4 unités max. |
| Profil | Plus de trades, plus de faux signaux | Moins de trades, capte les tendances longues |
Le pyramidage et la taille de position doivent toujours s'inscrire dans un ratio risque/rendement favorable : les pertes sont coupées vite, les gains doivent pouvoir être bien plus importants. Attention aussi à l'effet de levier : en ajoutant des unités, l'exposition totale grimpe rapidement et amplifie les gains comme les pertes.
Le principe du suivi de tendance reste valable : les marchés continuent de produire des tendances durables, et de nombreux fonds CTA (Commodity Trading Advisors), comme le fonds suédois Lynx, en ont fait leur métier. L'indice Barclay CTA montre d'ailleurs que ces stratégies peuvent encore générer des rendements intéressants, notamment lors des grandes crises ou des phases de forte inflation.
En revanche, les règles d'origine ont perdu une grande partie de leur efficacité. Les backtests publiés du système Turtle montrent une nette dégradation des performances après 1986 et une performance quasi plate entre 1996 et 2009. Les cassures de 20 et 55 jours sont aujourd'hui connues de tous et les marchés sont devenus plus rapides et plus efficients. Les traders modernes adaptent donc le système : filtres de tendance (moyennes mobiles), paramètres différents, portefeuilles plus larges.
La fin des années 1980 marque un tournant. Richard Dennis gère alors des fonds pour des clients et prend des risques très importants. Lors du krach du 19 octobre 1987 (Black Monday), il aurait perdu environ 10 millions de dollars, et ses pertes auraient atteint près de 50 millions de dollars sur 1987-1988. Au printemps 1988, après les lourdes pertes de ses clients, il se retire de la gestion pour compte de tiers. En 1990, sa société accepte de verser plus de 2,5 millions de dollars pour régler des plaintes d'investisseurs qui lui reprochaient de ne pas avoir respecté ses propres règles, sans reconnaître de faute.
Dennis revient à la gestion de fonds au milieu des années 1990, avant de fermer définitivement ces activités après de nouvelles pertes à l'été 2000. Il se consacre ensuite surtout à la politique : il a soutenu des causes démocrates puis libertariennes, en particulier la lutte contre la prohibition des drogues, a présidé le conseil consultatif de la Drug Policy Alliance et a siégé au conseil du Cato Institute et de la Reason Foundation. Aujourd'hui, son nom est davantage associé à l'expérience des Tortues qu'à sa carrière de trader, pourtant hors norme, qui lui avait valu d'être comparé à des figures comme George Soros.
Le trading m'a appris à ne pas prendre les idées reçues pour argent comptant. Les marchés, qui ne sont souvent que des foules, sont souvent irrationnels : lorsqu'ils sont sous le coup de l'émotion, ils se trompent presque toujours. — Richard Dennis
William Eckhardt, l'associé de Dennis et co-concepteur du programme des Tortues, a poursuivi une longue carrière dans le trading systématique. Il a fondé Eckhardt Trading Company à Chicago en 1991, une société de gestion spécialisée dans les systèmes de trading quantitatifs sur contrats à terme. Mathématicien de formation, il s'est également intéressé à la philosophie des sciences et à la théorie des probabilités appliquée au trading.
Dans l'interview qu'il a accordée à Jack Schwager pour le livre The New Market Wizards (1992), Eckhardt reconnaît que le programme des Tortues a été un succès, même s'il continue de penser que tout le monde n'a pas les qualités psychologiques pour appliquer un système avec discipline. Une nuance importante : les règles étaient les mêmes pour tous, mais les résultats des Tortues ont été très inégaux.
Pour mesurer l'intérêt actuel du suivi de tendance, voici quatre backtests de stratégies simples inspirées des Tortues, réalisés sur un panier de contrats à terme continus, sur une période démarrant en 2007.
Ces simulations ont été effectuées sans effet de levier, sans ajustement de la taille des positions, sans ordres stop loss et sans objectifs de profit. Les « faux signaux », c'est-à-dire les cassures minimes survenant pendant les phases de consolidation, ont été exclus. Seuls les signaux d'achat ont été pris en compte : la vente à découvert a été volontairement écartée de ces tests.
Règles de trading (barres mensuelles) :
La courbe des capitaux ressemble à ceci :

La stratégie de la double moyenne mobile est très simple et peut être testée en quelques minutes :
La courbe des capitaux se présente ainsi :

La cassure du canal ATR utilise les règles suivantes :
Voici la courbe des capitaux :

La stratégie de cassure des bandes de Bollinger utilise les règles suivantes :
La courbe est assez erratique, mais elle a connu une forte accélération en fin de période :

| Stratégie | TCAC | Perte maximale | Rendement ajusté au risque |
|---|---|---|---|
| Momentum 6 mois | 9,76 % | 50 % | 18 % |
| Double moyenne mobile | 3 % | 41 % | 6,5 % |
| Cassure du canal ATR | 5,3 % | 30 % | 11,25 % |
| Cassure Bollinger | 2,1 % | 17 % | 7,5 % |
Depuis 2007, les performances sont nettement inférieures à celles des décennies précédentes. Plusieurs raisons peuvent l'expliquer :
L'expérience des Tortues reste l'une des histoires les plus marquantes du trading, et à juste titre : elle démontre que le trading est une compétence qui s'apprend, à condition de disposer de règles précises et de les appliquer avec discipline. De nombreux fonds de suivi de tendance appliquent encore aujourd'hui, sous une forme modernisée, les principes enseignés par Richard Dennis.
Les backtests montrent toutefois que les règles d'origine ne sont plus aussi efficaces qu'avant. Le suivi de tendance se caractérise par de nombreux faux signaux, un faible taux de réussite et de longues périodes de pertes, compensées par quelques gains importants. Le parcours de Dennis lui-même rappelle que la discipline est plus difficile que la théorie : ses plus grosses pertes sont survenues lorsqu'il s'est écarté de ses propres règles.
Si vous souhaitez vous inspirer de la stratégie des Tortues, commencez par la tester sur un compte démo, adaptez la taille de vos positions à votre capital et gardez en tête que ce qui paraît simple sur le papier l'est beaucoup moins avec de l'argent réel.
Pour appliquer une stratégie de suivi de tendance inspirée des Tortues sur le forex, les indices ou les matières premières, il faut un broker régulé, avec des frais réduits et une plateforme permettant de programmer ou de tester ses règles. Les CFD sont des produits à effet de levier qui comportent un risque élevé de perte en capital.
Avertissement sur les risques : les CFD sont des instruments complexes qui présentent un risque élevé de perte rapide en raison de l'effet de levier. Chez la plupart des brokers, entre 69 % et 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD. Consultez le pourcentage exact publié par chaque broker et assurez-vous de comprendre le fonctionnement des CFD avant d'investir.
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