
Mis à jour le 02 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Russell Erxleben est l'un des rares sportifs professionnels à avoir été condamné deux fois pour escroquerie financière. Ancien botteur vedette de l'université du Texas et joueur de la National Football League (NFL), il a fondé Austin Forex International, une société de trading de devises qui s'est révélée être un système de Ponzi : plus de 500 investisseurs y ont perdu environ 36 millions de dollars.
Sorti de prison en 2005, il a récidivé avec de vieilles obligations allemandes et un tableau attribué à Paul Gauguin, avant d'être de nouveau incarcéré. Voici son histoire, et ce qu'elle apprend à tout particulier tenté de confier son argent à un « gérant forex ».
L'essentiel à retenir
Russell Allen Erxleben est né le 13 janvier 1957 à Seguin, une petite ville du Texas. Botteur doué dès le lycée, il intègre l'université du Texas, où il joue pour les Longhorns de 1975 à 1978. Il y est désigné trois fois All-American et réussit en 1977 un coup de pied de 67 yards, qui reste l'un des plus longs de l'histoire du football universitaire américain.
En 1979, les New Orleans Saints le choisissent au premier tour de la draft, au 11e rang : un rang exceptionnellement élevé pour un botteur. Sa carrière professionnelle ne tient pourtant pas ses promesses. Il passe cinq saisons chez les Saints (1979-1983), principalement comme punter, puis fait une brève réapparition avec les Detroit Lions en 1987.
Sa reconversion est difficile. Après une série d'échecs commerciaux, il se déclare en faillite au début des années 1990, puis se tourne vers le marché des changes.
Au milieu des années 1990, Erxleben fonde à Austin la société Austin Forex International (AFI). Il se présente comme un trader de devises reconnu au niveau national et promet à ses clients un rendement de 3 à 7 % par mois. Sa notoriété d'ancienne star des Longhorns fait le reste : amis, connaissances et anciens sportifs lui confient leur épargne.
Pendant un temps, la société affiche une réussite insolente. Erxleben roule en voitures de luxe et dispose de places VIP au stade de l'université du Texas. La réalité est tout autre : d'après ses propres aveux, AFI et ses clients ont subi environ 18 millions de dollars de pertes de trading en six mois à partir de janvier 1998, pendant que les relevés envoyés aux investisseurs faisaient état de profits fictifs.
Pour tenir, Erxleben utilise l'argent des nouveaux clients afin de payer les sommes dues aux anciens. C'est le mécanisme même de la chaîne de Ponzi : tant que les dépôts affluent, l'illusion tient ; dès qu'ils ralentissent, tout s'effondre. AFI s'écroule à l'automne 1998.
L'enquête est menée par le Texas State Securities Board, le régulateur des marchés de l'État, avec le fisc américain (IRS), le FBI et le procureur fédéral. Le 22 novembre 1999, Erxleben plaide coupable d'entente en vue de commettre une fraude postale et de fraude sur titres. Il reconnaît avoir trompé plus de 500 investisseurs.
Le 18 septembre 2000, le juge fédéral James Nowlin le condamne à :
Les victimes ont eu plus de chance que dans la plupart des affaires de ce type. L'administratrice judiciaire nommée à la demande du régulateur texan a récupéré plus de 32 millions de dollars, en grande partie grâce à des accords transactionnels conclus avec des tiers mis en cause. Le cabinet d'avocats d'AFI a ainsi versé à lui seul 22 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites.
Erxleben sort de prison en 2005.
Avec un casier judiciaire et 28 millions de dollars de restitution à payer, retrouver un emploi bien rémunéré est presque impossible. Erxleben travaille d'abord avec Fred Gladle sur un projet de centre de loisirs, puis découvre une activité qui lui semble bien plus lucrative : le négoce de vieilles obligations allemandes.
Il s'agit d'obligations au porteur émises par l'Allemagne dans les années 1920 et 1930, après la Première Guerre mondiale, et en défaut depuis des décennies. Ces titres ont un intérêt historique pour les collectionneurs, mais leur valeur financière est contestée.
De septembre 2005 à octobre 2009, Erxleben sollicite pourtant des investisseurs à travers les États-Unis. Son discours :
Pour porter l'opération, il utilise plusieurs sociétés, dont WALTEC Consultants, LRE Holdings et The MDM Group. L'argent circule par virements entre de nombreux comptes bancaires, dont certains ouverts et tenus par des proches afin d'échapper à l'attention des autorités. À aucun moment il n'informe ses nouveaux clients de sa condamnation précédente.
En mars 2009, alors que le montage des obligations allemandes s'essouffle, Erxleben lance une seconde combine. Il prétend être membre d'une entité nommée Gauguin Partners LLC et collecte de l'argent auprès d'investisseurs pour financer l'expertise et l'authentification d'une œuvre présentée comme un tableau de Paul Gauguin, censée être revendue ensuite plusieurs dizaines de millions de dollars.
En réalité, il n'avait aucun lien avec cette entité ni avec l'œuvre. Comme pour les obligations, les fonds servaient à ses dépenses personnelles et familiales, et à verser de prétendus dividendes aux investisseurs plus anciens.
Au total, les deux montages lui ont rapporté environ 2 millions de dollars. Les investisseurs, eux, n'ont reçu ni obligations ni titres de propriété. En octobre 2012, l'un d'eux, Matthew Hand, l'assigne en justice au Texas pour récupérer 60 000 dollars.
Interrogé par la presse locale, Erxleben nie alors toute malversation. Le 24 janvier 2013, il est arrêté et inculpé de cinq chefs de fraude électronique, d'un chef de fraude sur titres et de deux chefs de blanchiment d'argent. Jugé susceptible de prendre la fuite, il reste en détention.
En décembre 2013, il plaide finalement coupable d'un chef de fraude électronique et d'un chef de blanchiment. Le 24 février 2014, le juge Lee Yeakel le condamne à 90 mois (sept ans et demi) de prison, suivis de trois ans de liberté surveillée, avec obligation de rembourser les victimes. « J'ai honte », déclare-t-il à l'audience.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1957 | Naissance à Seguin (Texas) |
| 1975-1978 | Botteur des Texas Longhorns, trois fois All-American |
| 1979 | Choisi au 11e rang de la draft NFL par les New Orleans Saints |
| 1998 | Effondrement d'Austin Forex International |
| Novembre 1999 | Plaide coupable de fraude |
| Septembre 2000 | Condamné à 84 mois de prison et 28 millions de dollars de restitution |
| 2005 | Libération, début de la fraude aux obligations allemandes |
| Mars 2009 | Lancement de la combine du tableau attribué à Gauguin |
| Janvier 2013 | Nouvelle arrestation |
| Février 2014 | Condamné à 90 mois de prison |
| 2019 | Sortie de prison |
Russell Erxleben a été libéré à l'été 2019, après avoir purgé l'essentiel de sa seconde peine. Depuis, il se tient à l'écart de la vie publique. Du héros local de Seguin au premier tour de la draft NFL, puis à deux séjours en prison fédérale pour fraude, son parcours reste l'un des plus déroutants du sport américain.
Lors du plaidoyer de culpabilité de 2013, les enquêteurs fédéraux ont résumé l'affaire par un avertissement : les investisseurs ne doivent pas se laisser aveugler par le statut de quasi-célébrité d'une personne au moment de placer leur argent.
Les deux fraudes d'Erxleben reposaient sur les mêmes ressorts : la confiance inspirée par un nom connu, des rendements irréalistes et l'absence de tout contrôle extérieur. Cinq vérifications simples suffisent le plus souvent à écarter ce type d'offre.
Contrôlez que la société figure sur les registres officiels (REGAFI, ORIAS) et qu'elle n'apparaît pas sur les listes noires de l'AMF et de l'ACPR.
Un rendement de 3 à 7 % par mois, sans mois négatif, n'existe pas sur le forex. C'est exactement ce que promettait Austin Forex International.
Demandez des relevés émis par le courtier ou le dépositaire, pas par le gérant lui-même, et des comptes audités. Erxleben communiquait des profits fictifs.
Cherchez les antécédents judiciaires et les faillites du dirigeant. Lors de sa seconde fraude, Erxleben avait déjà été condamné pour escroquerie.
Commencez par une petite somme, demandez un retrait rapidement et ne vous laissez pas rassurer par la célébrité ou le train de vie du promoteur.
L'affaire Russell Erxleben montre qu'une escroquerie financière n'a pas besoin d'être sophistiquée pour fonctionner : un nom connu, un train de vie flatteur et la promesse de quelques pour cent par mois ont suffi à attirer des centaines d'épargnants, à deux reprises. Aucune stratégie de trading ne produit de gains réguliers sans risque, et la notoriété d'un promoteur ne remplace ni un agrément, ni des comptes audités.
Pour découvrir d'autres affaires de ce type, consultez notre dossier sur les rogue traders et leurs pertes de trading.