
Mis à jour le 02 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Avec ses lunettes à monture d'acier et ses costumes de flanelle grise, il était le salarié japonais senior générique. Une description de Yasuo Hamanaka tirée de l'Independent.
Yasuo Hamanaka avait l'air inoffensif, comme un employé de banque ordinaire. Pourtant, le trader en chef du cuivre du conglomérat japonais Sumitomo Corporation est à l'origine de l'une des plus grosses pertes de trading de l'histoire : 2,6 milliards de dollars, révélés en 1996. Avant de devenir un rogue trader célèbre, il était déjà considéré comme l'opérateur le plus puissant de sa classe d'actifs.
Cette page retrace son parcours, la méthode qui lui a permis de tenir le marché mondial du cuivre pendant dix ans, la chronologie de l'affaire Sumitomo, ses conséquences judiciaires et réglementaires, et ce qu'un trader particulier peut en retenir.
Yasuo Hamanaka a fait toute sa carrière chez Sumitomo Corporation, l'une des grandes maisons de négoce japonaises. Il y devient trader en chef du cuivre en 1986 et s'impose rapidement comme une figure incontournable du London Metal Exchange (LME), la principale bourse mondiale des métaux industriels.
Ses surnoms résument son influence. Il était appelé « M. Cinq pour cent » en raison de la part de l'offre mondiale annuelle de cuivre qu'il contrôlait, « le Marteau » en raison de son pouvoir sur le marché, et tout simplement « M. Cuivre ».
Hamanaka était si bien considéré qu'un portrait de lui, avec photos, figurait dans le rapport annuel 1991 de Sumitomo. Un autre intervenant du marché a même affirmé qu'il avait été désigné « Homme de l'année » de la société.
Comme souvent, la position dominante construite par Hamanaka est née d'une faiblesse. Contrairement à ses rivaux Mitsubishi et Mitsui, Sumitomo ne possédait pas de mines de cuivre en propre.
Sa solution, selon des traders concurrents interrogés par l'Independent au moment de son arrestation, a consisté à renforcer la position de Sumitomo en achetant des produits dérivés du cuivre, contrats à terme et options, tout en augmentant ses approvisionnements physiques en métal. Sumitomo est ainsi devenu le premier négociant de cuivre au monde au début des années 1990.
Hamanaka a utilisé cette position de contrôle, et les importantes réserves de liquidités de Sumitomo, pour maintenir le prix du cuivre à un niveau élevé. Le groupe encaissait ainsi des bénéfices réguliers, à la fois sur ses propres opérations et sur les commissions prélevées sur les transactions de cuivre négociées pour des tiers.
L'ampleur de la position est connue depuis les enquêtes. En septembre 1995, Sumitomo détenait environ deux millions de tonnes de cuivre sous forme de contrats à terme. Le 24 novembre 1995, Hamanaka contrôlait 93 % des warrants de cuivre du LME, c'est-à-dire des titres donnant droit au métal stocké dans les entrepôts de la bourse. En raréfiant le cuivre immédiatement disponible, il obligeait les vendeurs à découvert à racheter au prix fort.
Derrière cette réussite apparente se cachait un problème plus ancien. Dès le milieu des années 1980, Hamanaka avait dissimulé des pertes dans des opérations non autorisées, tenues hors des livres officiels. La manipulation des cours servait aussi à tenter de les combler. Il a par ailleurs été accusé d'avoir imité la signature de ses supérieurs pour valider certaines opérations.
Des signaux d'alerte ont pourtant existé : dès 1991, un courtier du LME avait signalé à la bourse une demande suspecte de confirmation d'opération fictive émanant de Hamanaka. L'alerte est restée sans suite pendant plusieurs années.
| Date | Événement |
|---|---|
| Milieu des années 1980 | Premières pertes dissimulées dans des opérations non autorisées. |
| 1986 | Hamanaka est promu trader en chef du cuivre de Sumitomo. |
| 1991 | Portrait élogieux dans le rapport annuel de Sumitomo ; première alerte d'un courtier auprès du LME. |
| Septembre 1995 | Sumitomo détient environ 2 millions de tonnes de cuivre en contrats à terme. |
| 24 novembre 1995 | Hamanaka contrôle 93 % des warrants de cuivre du LME. |
| Avril 1996 | Ouverture d'enquêtes par la CFTC américaine, le régulateur britannique et le LME. |
| Mai - juin 1996 | Hamanaka est écarté du trading, puis passe aux aveux. |
| 13 juin 1996 | Sumitomo annonce 1,8 milliard de dollars de pertes. |
| Septembre 1996 | La perte est réévaluée à 2,6 milliards de dollars (285 milliards de yens). |
| 1997 | Hamanaka plaide coupable devant la justice japonaise. |
| 1998 | Condamnation à huit ans de prison ; Sumitomo règle 150 millions de dollars à la CFTC. |
| Juillet 2005 | Libération de Hamanaka, un an avant le terme de sa peine. |
En 1995, le marché commence à peser sur les prix. Selon Investopedia, cette pression est accentuée par une hausse de l'offre de cuivre en provenance de Chine. Surtout, le London Metal Exchange, où Hamanaka effectuait l'essentiel de ses transactions, et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine s'intéressent de près à une possible manipulation des cours.
Sous la pression des enquêtes, Sumitomo retire Hamanaka de son poste. La nouvelle choque le marché et incite les autres traders à vendre le cuivre à découvert. Les prix chutent brutalement, passant d'environ 2 700 dollars la tonne à moins de 2 000 dollars en quelques semaines. Les fluctuations sont telles que des réunions d'urgence ont lieu entre ministres japonais et britanniques, selon le Financial Times de l'époque.
Sumitomo se retrouve alors massivement acheteuse d'un métal dont la valeur s'effondre. Le 13 juin 1996, la société annonce une perte de 1,8 milliard de dollars, à ce moment-là la plus grosse perte de trading jamais déclarée. En septembre 1996, une fois les positions dénouées, le chiffre est porté à 2,6 milliards de dollars.
Le scandale fait perdre à Hamanaka son emploi et sa réputation. Sumitomo affirme qu'il a agi seul et sans autorisation, une version que de nombreux observateurs ont jugée difficile à croire pour des positions d'une telle taille maintenues pendant dix ans.
Arrêté à l'automne 1996, Hamanaka plaide coupable de fraude et de faux en écriture. En 1998, il est condamné à huit ans de prison, alors la plus longue peine jamais infligée à un rogue trader.
Sumitomo n'est pas sortie indemne de l'affaire :
Hamanaka a purgé sa peine sans commentaire ni plainte apparents. Selon le magazine The Atlantic, il a toutefois confié à un journaliste de Bloomberg, à sa libération en 2005, être « stupéfait » de la hausse du cuivre pendant son incarcération. Trois ans plus tard, selon le Financial Times, il est revenu au trading.
L'affaire Sumitomo a montré qu'un seul intervenant pouvait fausser le prix mondial d'une matière première pendant des années. Le London Metal Exchange a modifié ses règles pour limiter ce risque :
Elle a aussi mis en évidence les limites d'une surveillance fragmentée : Hamanaka opérait depuis Tokyo, sur une bourse londonienne, avec des effets sur les entrepôts américains. La coopération entre régulateurs de différents pays s'est renforcée à la suite du scandale. Dans les entreprises, l'affaire a rappelé, un an après la faillite de Barings, la nécessité de séparer strictement ceux qui passent les ordres de ceux qui les contrôlent et les comptabilisent.
| Trader | Année | Établissement | Perte | Peine |
|---|---|---|---|---|
| Nick Leeson | 1995 | Barings | 827 millions de livres | 6 ans et demi |
| Yasuo Hamanaka | 1996 | Sumitomo | 2,6 milliards de dollars | 8 ans |
| Jérôme Kerviel | 2008 | Société Générale | 4,9 milliards d'euros | 5 ans dont 3 ferme |
| Kweku Adoboli | 2011 | UBS | Environ 2 milliards de dollars | 7 ans |
Le cas Hamanaka se distingue sur deux points. D'abord par sa durée : la fraude s'étend sur une dizaine d'années, contre quelques années au plus pour les autres. Ensuite par sa nature : il ne s'agit pas seulement de paris cachés, mais d'une manipulation du prix d'une matière première mondiale. Pour le lecteur français, le parallèle avec l'affaire Kerviel est parlant : dans les deux cas, la question de ce que savait réellement la hiérarchie n'a jamais été complètement tranchée.
À sa sortie de prison en 2005, Hamanaka s'étonnait déjà de la hausse du cuivre. Que dirait-il aujourd'hui ? Le métal qu'il tentait de maintenir autour de 3 000 dollars la tonne a franchi pour la première fois les 13 000 dollars en janvier 2026, puis a dépassé les 14 800 dollars sur le LME en septembre 2026, un record historique.
Cette hausse s'explique par des facteurs réels et non par l'action d'un seul trader : électrification, réseaux électriques, centres de données liés à l'intelligence artificielle, perturbations dans plusieurs grandes mines et incertitudes sur les droits de douane américains. Le cuivre reste néanmoins un marché nerveux, capable de varier de plus de 10 % en une séance, comme fin janvier 2026.
Avertissement sur les risques : le cuivre se négocie via des contrats à terme, des ETC, des actions minières ou des CFD. Les produits à effet de levier comportent un risque élevé de perte rapide en capital. N'investissez que des sommes que vous pouvez vous permettre de perdre.
Un particulier ne manipulera jamais le marché du cuivre, mais les erreurs de Hamanaka sont les mêmes que celles qui vident un compte de trading : refuser une perte, grossir sa position et se mentir sur ses résultats.
Fixez un stop loss avant d'entrer en position et ne le déplacez jamais dans le sens de la perte. Hamanaka a transformé une perte gérable en gouffre de 2,6 milliards de dollars en cherchant à la cacher puis à la rattraper pendant dix ans.
Ne risquez qu'une petite fraction de votre capital par trade, généralement 1 à 2 %. Une position trop grosse par rapport au marché ou à votre compte ne peut plus être soldée sans dégâts.
Renforcer une position perdante pour soutenir un cours revient à lutter contre le marché. Si le scénario initial est invalidé, coupez la position au lieu de l'augmenter.
Les contrats à terme, options et CFD amplifient les gains comme les pertes. Calculez toujours l'exposition réelle de votre position, pas seulement la marge déposée.
Notez chaque opération, y compris les perdantes, et relisez votre journal régulièrement. La transparence envers soi-même est le contrôle interne du trader particulier.
L'histoire de Yasuo Hamanaka n'est pas celle d'un pari raté, mais d'une perte ancienne que l'on a refusé d'admettre. Pour la masquer, « M. Cuivre » a bâti pendant dix ans une position si énorme qu'elle a fini par déformer le prix mondial d'un métal, avant de s'effondrer en quelques semaines et de coûter 2,6 milliards de dollars à Sumitomo.
Trente ans plus tard, l'affaire reste une référence pour les régulateurs comme pour les traders : aucun acteur, aussi puissant soit-il, ne tient durablement contre le marché, et une perte cachée ne fait que grossir. Pour découvrir d'autres affaires du même type, consultez notre dossier sur les pertes de trading des rogue traders.
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