
Mis à jour le 03 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Takashi Kotegawa a sa place parmi les légendes du trading. Connu au Japon sous le pseudonyme BNF, ce day trader autodidacte a transformé environ 13 600 dollars en 153 millions en huit ans, seul, depuis sa chambre. Très discret, il n'apparaît que sur une poignée de photos et n'a presque jamais accordé d'interview.
Cette page retrace son parcours, détaille la stratégie qu'on lui attribue, revient sur le célèbre trade J-Com de 2005 et fait le tri entre les faits établis et les chiffres fantaisistes qui circulent à son sujet.
Takashi Kotegawa naît en 1978 à Ichikawa, en banlieue de Tokyo. Étudiant sans moyens particuliers, il s'intéresse à la bourse et économise grâce à des petits boulots environ 1,6 million de yens. Ce montant, proche de 13 600 dollars, correspond à ce que beaucoup de particuliers placent aujourd'hui sur un compte de trading : Kotegawa n'était ni riche ni issu du milieu financier. Il abandonne d'ailleurs ses études avant le diplôme pour se consacrer aux marchés.
Il ne s'attarde pas longtemps sur un compte démo et passe rapidement au trading réel sur les actions japonaises. Il publie ses opérations sur le forum 2channel sous le pseudonyme BNF. L'explication la plus répandue y voit un hommage au trader américain Victor Niederhoffer, mais l'intéressé ne l'a jamais confirmé.
Sa progression est spectaculaire. Son capital dépasse le milliard de yens dès 2004, et sa fortune est estimée à environ 18 milliards de yens en 2008, soit quelque 153 millions de dollars. De tels résultats restent rarissimes : la grande majorité des traders particuliers perdent de l'argent.
Kotegawa débute au moment où l'éclatement de la bulle Internet plonge les bourses mondiales dans un marché baissier. Au Japon, la baisse dure jusqu'en 2003, comme le montre la flèche rouge sur le graphique à long terme de l'indice Nikkei 225 ci-dessous.

Contrairement à ce qu'on lit souvent, Kotegawa ne pariait pas principalement sur la baisse. Il a expliqué qu'il trouvait plus facile de gagner de l'argent en marché baissier parce que les paniques y créent des excès : il achetait des actions massivement survendues et revendait sur le rebond technique qui suivait. C'est une stratégie de retour à la moyenne.
On ne connaît pas tous les détails de sa méthode, mais ses grandes lignes sont documentées :
Après 2003, lorsque le marché japonais repart à la hausse, il fait évoluer son approche vers le suivi de tendance et les rotations sectorielles, sans abandonner l'horizon court.
L'image ci-dessous illustre le principe. L'exemple n'est pas pris sur le marché japonais, mais sur la Bourse de New York. Sur la plateforme MetaTrader, on voit le graphique de l'action Alibaba Group Holding (symbole : BABA), dont le cours est tombé à 73,12 dollars lors de la séance du 15 mars 2022.
Les entreprises chinoises étaient alors sous pression en raison des craintes de retrait de la cote aux États-Unis. Le graphique est affiché en unité de temps H4 pour mieux lire le mouvement ; Kotegawa aurait probablement observé le titre sur plusieurs unités de temps.

La ligne orange correspond à la moyenne mobile 25, qui vaut 97,73. Le cours se situe donc environ 25 % sous cette moyenne. Cela ne suffit pas à justifier une entrée : il faut aussi une confirmation. Ici, le RSI à 24 indique une forte survente, et la première bougie verte H4 (flèche violette) signale un début de retournement. C'est à ce moment qu'une position à l'achat aurait pu être ouverte. Dans l'esprit de la méthode, l'essentiel des bénéfices aurait été pris avant la clôture et une petite partie conservée pour la nuit. L'action Alibaba a ensuite ouvert avec un net gap haussier.
Filtrez les actions liquides dont le cours a nettement décroché, de préférence lors d'une phase de panique générale et non à cause d'une mauvaise nouvelle propre à l'entreprise.
Calculez l'écart en pourcentage entre le cours et la moyenne mobile simple à 25 jours. Kotegawa s'intéressait aux titres cotant environ 20 % ou plus sous cette moyenne, un seuil qu'il ajustait selon le secteur.
Vérifiez que le RSI est en zone de survente (sous 30) et que le cours sort par le bas des bandes de Bollinger, puis attendez une première bougie de retournement.
Ouvrez la position à l'achat avec une taille réduite et un stop loss placé sous le dernier plus bas, afin de ne risquer qu'une petite fraction du capital.
Clôturez l'essentiel de la position sur le rebond, dans la séance, et ne conservez éventuellement qu'une petite partie pour le lendemain.
Attention : une action très survendue peut continuer à baisser, parfois durablement. Cette méthode ne garantit aucun gain et doit d'abord être testée sur un compte démo. Avec des CFD, l'effet de levier amplifie les pertes autant que les gains.
Le 8 décembre 2005, la société J-Com fait son entrée à la Bourse de Tokyo. Un opérateur de Mizuho Securities veut vendre 1 action à 610 000 yens. Il saisit par erreur l'ordre inverse : 610 000 actions à 1 yen, soit bien plus que le nombre de titres existants. L'ordre ne peut pas être annulé à temps et le cours s'effondre jusqu'à la limite de baisse.
Devant ses écrans, Kotegawa comprend immédiatement qu'il s'agit d'une anomalie. Il achète 7 100 actions au plus bas, en revend une partie sur le rebond et conserve le reste. Son gain est d'environ 2 milliards de yens, soit à peu près 17 millions de dollars de l'époque, en une seule séance. Mizuho Securities perd de son côté plusieurs dizaines de milliards de yens.
Cette opération lui vaut le surnom de « J-Com Man » et le fait connaître du grand public. Il faut la voir pour ce qu'elle est : une combinaison de réactivité et de chance, rendue possible par une erreur exceptionnelle. Depuis, les bourses et les courtiers ont renforcé leurs contrôles (limites de prix et de quantité, annulation des ordres manifestement erronés), ce qui rend un tel scénario très improbable.
Ce trade ne représente d'ailleurs qu'une partie de ses gains : Kotegawa était déjà milliardaire en yens avant J-Com, et 2005 a été pour lui une année exceptionnelle dans son ensemble.
Malgré sa réussite, Kotegawa est resté d'une grande sobriété. Il fuit les médias, ne fait pas étalage de sa richesse et dit ne s'intéresser ni aux voitures ni aux montres de luxe. Les rares reportages qui lui ont été consacrés le montrent mangeant des nouilles instantanées devant ses écrans pour ne pas quitter le marché.
Ses dépenses notables concernent surtout l'immobilier. Il a acheté un appartement dans une tour résidentielle à Tokyo et une maison pour ses parents. En 2008, en pleine crise financière, il acquiert un immeuble commercial dans le quartier d'Akihabara, le Chomp Chomp Akihabara, pour environ 9 milliards de yens. Selon plusieurs sources, il l'aurait revendu vers 2018. Cette diversification vers l'immobilier montre qu'il cherchait aussi à sécuriser une partie de ses gains hors de la bourse.
Qu'en est-il aujourd'hui ? Kotegawa a cessé de publier sur les forums vers 2010 et aucune information vérifiable ne permet de chiffrer sa fortune actuelle. Les estimations qui évoquent plusieurs centaines de millions, voire un milliard de dollars, sont des spéculations.
Takashi Kotegawa incarne la discipline et la patience appliquées au trading. Parti d'environ 13 600 dollars, il a bâti l'une des plus belles réussites individuelles de l'histoire des marchés grâce à une méthode simple, appliquée avec constance, et à un contrôle rigoureux de ses émotions. Son parcours rappelle aussi la part du contexte et de la chance : un marché très volatil, l'essor du courtage en ligne et une erreur historique qu'il a su saisir.
La leçon à retenir n'est donc pas un chiffre, mais une attitude : une règle claire, un risque maîtrisé et une grande sobriété face aux gains comme aux pertes.
Avertissement sur les risques : les CFD sont des instruments complexes qui présentent un risque élevé de perte rapide en raison de l'effet de levier. Chez la plupart des brokers, entre 69 % et 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD. Consultez le pourcentage exact publié par chaque broker et assurez-vous de comprendre le fonctionnement des CFD avant d'investir.