
Mis à jour le 03 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Son nom est moins connu du grand public que celui de George Soros ou de Paul Tudor Jones, mais Monroe Trout fait partie des traders les plus réguliers de l'histoire des marchés à terme.
Interviewé par Jack Schwager dans "The New Market Wizards", il y est présenté comme le trader affichant le meilleur rapport rendement/risque du livre.
Sa méthode, fondée sur la recherche statistique et sur une discipline de risque très stricte, a préfiguré les algorithmes et systèmes de trading avancés d'aujourd'hui.
Voici son parcours, ses principes et ce qu'un trader particulier peut en retenir.
Monroe Trout Jr. est un trader et gestionnaire de fonds spéculatifs américain, aujourd'hui retiré des marchés. Il est le fils de Monroe E. Trout, ancien dirigeant du groupe American Healthcare Systems. Il a négocié des actions, des contrats à terme sur indices boursiers et sur matières premières, ainsi que des options sur ces produits, pour son propre compte puis pour celui de ses clients.
Sa notoriété vient de son chapitre dans "Les nouveaux magiciens du marché" de Jack Schwager, paru en 1992. L'auteur y souligne un résultat rare : 69 mois bénéficiaires sur 79, soit 87 % de mois gagnants, avec une perte maximale à peine supérieure à 8 %. Ce n'est pas tant le rendement que sa régularité qui a fait la réputation de Trout.
Monroe Trout est également connu pour son adhésion à l'objectivisme, la philosophie d'Ayn Rand. En 1993, il a participé au financement de la société de courtage Rand Financial Services, nommée en hommage à la romancière.
Monroe Trout découvre les marchés en 1978, à 17 ans, grâce à un emploi d'été chez Vilar Kelly, un trader de contrats à terme installé dans sa ville de New Canaan. Il y saisit des données de cours dans un ordinateur et apprend à programmer, ce qui orientera toute sa carrière.
À Harvard, où il est capitaine de l'équipe de basket-ball, il mène de nombreux travaux de recherche sur les prix. Son mémoire de fin d'études, "Price Movements in a Stock Index Futures Market", porte sur les mouvements de prix des contrats à terme sur indices boursiers. Il y conclut que les variations de cours ne sont pas totalement indépendantes les unes des autres, autrement dit que le marché n'est pas parfaitement aléatoire.
Diplômé en 1984, il rejoint à New York NCZ Commodities, la société de Victor Niederhoffer. Il y acquiert une expérience du trading hors parquet, puis du trading sur le parquet comme membre du Commodity Exchange (COMEX), du New York Futures Exchange et de l'American Stock Exchange.
En juillet 1986, il quitte NCZ pour créer Trout Trading Company. Le parquet l'ayant convaincu que son avantage venait de la recherche et non de la criée, il revient rapidement au trading sur écran. Sa société s'installe ensuite aux Bermudes sous le nom de Trout Trading Management Company et gère jusqu'à environ 3 milliards de dollars.
En janvier 2002, à 40 ans, Monroe Trout annonce sa retraite et confie la direction du fonds à son directeur général, Matthew Tewksbury. La société a poursuivi son activité sous le nom de Tewksbury Capital.
| Année | Étape |
|---|---|
| 1962 | Naissance le 22 janvier |
| 1978 | Premier emploi d'été chez un trader de contrats à terme, à 17 ans |
| 1984 | Diplôme d'économie à Harvard, entrée chez NCZ Commodities (Victor Niederhoffer) |
| 1986 | Création de Trout Trading Company |
| 1992 | Publication de son interview dans "The New Market Wizards" |
| 1993 | Participation au financement de Rand Financial Services |
| 2002 | Retraite du trading actif à 40 ans |
Monroe Trout se définit avant tout comme un chercheur. Sa société teste en permanence des milliers d'hypothèses sur les données historiques afin d'identifier des configurations de prix dont la probabilité de réussite est supérieure à 50 %. Aucune de ces configurations n'est spectaculaire prise isolément : c'est leur addition, sur de nombreux marchés et de nombreuses transactions, qui produit un résultat régulier.
Plusieurs caractéristiques distinguent sa méthode :
Cette démarche, courante aujourd'hui dans les fonds quantitatifs, était encore peu répandue au milieu des années 1980. C'est ce qui vaut à Trout d'être considéré comme l'un des précurseurs du trading quantitatif à court terme.
Dans son entretien avec Jack Schwager, Monroe Trout décrit le profil du trader qui réussit : rationnel, analytique, capable de maîtriser ses émotions, pragmatique et orienté vers le profit. Voici les huit enseignements principaux de cet échange.
Pour Trout, la première règle est de savoir précisément d'où vient son avantage ("edge"). La gestion du risque protège le capital, mais elle ne crée pas de gain à elle seule.
"Même une bonne gestion de l'argent ne suffit pas. Si votre système n'est pas bon, vous perdrez de l'argent, quelle que soit l'efficacité de vos règles. Mais si vous disposez d'un avantage, le money management peut faire la différence entre le succès et l'échec", explique-t-il en substance.
Trout a constaté que les cours sont attirés par les niveaux psychologiques. Lorsque le marché s'approche d'un nombre rond, il finit le plus souvent par le toucher. L'idéal est donc d'entrer avant que ce niveau ne soit atteint, et non au moment où tout le monde le regarde.
Il cite l'exemple du Dow Jones : acheter vers 2 950 points en visant 3 000. À l'approche du seuil, il faisait appeler les courtiers sur le parquet pour écouter le niveau sonore de la salle. Un bruit faible indiquait peu d'ordres : il soldait sa position. Une salle très bruyante signalait un volume important : il la conservait.
Selon lui, la période la plus liquide d'une séance est l'ouverture, la deuxième est la clôture. Les volumes forment généralement une courbe en U : élevés à l'ouverture, au plus bas en milieu de journée, puis de nouveau en hausse jusqu'à la clôture. Un trader qui manipule des positions importantes a donc intérêt à concentrer ses ordres sur ces deux moments.
Trout rejette l'idée que le trading serait un jeu de devinettes. Si les cours étaient parfaitement aléatoires, personne ne pourrait gagner de façon régulière. Or certains traders obtiennent des résultats supérieurs à la moyenne pendant de longues années, ce qui prouve selon lui qu'il existe des régularités exploitables. Il rappelle toutefois que le trading est un jeu à somme négative une fois les frais déduits : la majorité des participants perd.
Trout estime qu'il est possible d'obtenir des résultats supérieurs à la moyenne avec des outils simples comme les moyennes mobiles, à condition de savoir les utiliser et de les associer à une bonne gestion du risque. L'outil compte moins que la rigueur avec laquelle il est appliqué.
Trout décrit un engagement total : il raconte prévoir une dizaine de vacances par an sans presque jamais les prendre, et considère que toute réussite a un prix. Le message vaut surtout pour ceux qui visent une carrière professionnelle : on ne rivalise pas avec des équipes de recherche en y consacrant quelques heures par semaine.
Un trader doit disposer de règles capables de résister aux situations extrêmes. Trout réduit son exposition lorsque la volatilité augmente et avant les événements dont l'issue est imprévisible. Il part du principe que le pire scénario historique sera un jour dépassé.
Lorsqu'une limite de perte est atteinte, Trout sort du marché sans discuter et attend la période suivante pour revenir. Cette règle l'empêche de chercher à "se refaire" dans la foulée d'une mauvaise série. Le détail de ses seuils est présenté ci-dessous.
Le dispositif de Monroe Trout repose sur trois limites emboîtées, exprimées en pourcentage du capital. Le tableau donne l'équivalent pour un compte de 10 000 €.
| Niveau | Limite de perte | Décision | Exemple sur 10 000 € |
|---|---|---|---|
| Par transaction | 1,5 % du capital | Sortie de la position | 150 € |
| Par jour | 4 % du capital | Clôture de toutes les positions, reprise le lendemain | 400 € |
| Par mois | 10 % du capital | Arrêt du trading jusqu'au mois suivant | 1 000 € |
À ces limites s'ajoutent quelques principes généraux qu'il applique en permanence :
À noter : ces seuils ont été conçus pour un portefeuille très diversifié et peu exposé à l'effet de levier. Sur un compte de CFD ou de Forex à fort levier, de nombreux traders retiennent des limites plus basses, par exemple 1 % par transaction.
Un particulier ne dispose pas des moyens de Trout Trading, mais la logique de sa méthode se transpose à n'importe quel compte.
Testez votre stratégie sur des données historiques, puis sur un compte de démonstration, sur un nombre suffisant de transactions. Sans espérance de gain positive, aucune règle de money management ne rendra le système rentable.
Calculez la taille de la position à partir de la distance du stop : avec 10 000 € et un stop à 30 pips, 150 € de risque correspondent à 5 € par pip, soit environ 0,5 lot sur l'EUR/USD.
Si la perte de la journée atteint ce seuil, clôturez toutes les positions et ne reprenez que le lendemain.
Si la perte du mois atteint ce seuil, arrêtez de trader jusqu'au mois suivant et utilisez ce temps pour analyser vos transactions.
Concentrez vos ordres sur l'ouverture et la clôture des séances, surveillez les niveaux ronds et notez chaque transaction afin de mesurer vos résultats réels, frais compris.
Monroe Trout n'a jamais dévoilé ses modèles, et c'est sans doute la leçon la plus utile de son parcours : sa réussite ne tient pas à un indicateur secret, mais à une méthode. Chercher un avantage mesurable, limiter chaque perte à une petite fraction du capital, s'arrêter lorsque les limites journalière et mensuelle sont atteintes, surveiller ses coûts. Ces principes restent valables pour un trader particulier, quel que soit le marché traité. Ils ne garantissent aucun gain, mais ils permettent de rester en activité assez longtemps pour vérifier si sa stratégie fonctionne réellement.