
Mis à jour le 03 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr
Surnommé le "chien de Hounslow" (Hound of Hounslow), Navinder Singh Sarao a été accusé d'avoir manipulé le plus grand marché à terme du monde depuis sa chambre, chez ses parents. Vu la taille des ordres, les régulateurs américains pensaient traquer un cerveau criminel installé dans une grande banque ou un fonds spéculatif.
Ils poursuivaient en réalité un trader solitaire d'une banlieue populaire de l'ouest de Londres, qui a gagné environ 70 millions de dollars tout en menant une vie très modeste, à l'insu de sa propre famille. Son histoire raconte à la fois le talent d'un trader hors norme, les dérives du trading algorithmique et la manière dont une fortune peut disparaître plus vite qu'elle n'a été gagnée.
L'essentiel à retenir
Navinder Singh Sarao, « Nav » pour ses collègues, grandit à Hounslow, à deux pas de l'aéroport d'Heathrow, dans une famille d'origine indienne. Doué pour les chiffres et doté d'une mémoire exceptionnelle, il étudie l'informatique à l'université Brunel. Passionné de jeux vidéo, il est capable de rester des heures devant un écran à repérer des schémas répétitifs, une aptitude qui fera de lui un scalpeur redoutable. Un syndrome d'Asperger lui sera diagnostiqué après son arrestation.
| Fiche d'identité | |
|---|---|
| Nom complet | Navinder Singh Sarao |
| Surnom | Le « chien de Hounslow » (Hound of Hounslow) |
| Origine | Hounslow, ouest de Londres (Royaume-Uni) |
| Formation | Informatique, université Brunel |
| Débuts | Futex (Woking), de 2003 à 2008 |
| Marché de prédilection | Contrat à terme E-mini S&P 500 (CME, Chicago) |
| Gains estimés | Environ 70 millions de dollars en carrière, dont 12,8 millions jugés illicites |
| Arrestation | 21 avril 2015, à son domicile |
| Condamnation | 28 janvier 2020 : peine déjà purgée + 1 an d'assignation à résidence |
En 2003, Sarao rejoint comme stagiaire Futex, une petite société de Prop Trading installée au-dessus d'un supermarché à Woking, dans la banlieue de Londres. Le principe : la société fournit le capital et l'infrastructure, le trader lui reverse une part de ses profits.
En quelques années, il devient la figure énigmatique de la salle, celle que tous les jeunes traders observent. Il gagne énormément d'argent tout en restant d'une frugalité presque excentrique. Solitaire, il ne supporte pas les bavardages sur les derniers mouvements du marché : il s'installe à un bureau à l'écart et trade avec un casque antibruit sur les oreilles.
Il se spécialise sur les E-minis, les contrats à terme qui répliquent le S&P 500, et passe des milliers d'heures à étudier le carnet d'ordres. Selon Futex, son trading était alors entièrement manuel, au « point and click », sans aucun algorithme. Il quitte la société début 2008 pour trader à son compte, depuis la maison familiale.
Pendant la crise financière de 2008, alors que les grandes banques vacillent, il prend de très grosses positions en pariant sur une intervention des États. Selon les récits de son parcours, ces paris font passer son capital de quelques millions à plus d'une dizaine de millions de dollars en quelques séances.
Avec le temps, Sarao est de plus en plus frustré par l'arrivée des traders à haute fréquence (HFT). Leurs machines détectent ses ordres, passent devant lui et grignotent sa marge. Il s'en plaint à plusieurs reprises auprès de la bourse de Chicago, sans résultat.
Il décide alors de retourner leurs armes contre eux. À partir de 2009, il fait modifier son logiciel de trading par un développeur externe afin de créer un algorithme de trading capable de pratiquer le spoofing à grande échelle :
La technique est redoutablement rentable : la justice américaine lui reprochera environ 40 millions de dollars de gains entre 2010 et 2014 sur ce marché, dont 12,8 millions directement attribués aux faux ordres.
À savoir : le spoofing est une manipulation de marché. Il est expressément interdit aux États-Unis depuis la loi Dodd-Frank de 2010 et, en Europe, par le règlement Abus de marché (MAR), que l'AMF fait appliquer en France. Cette page décrit la méthode à titre historique, pas comme une stratégie à reproduire.
Le 6 mai 2010, les marchés sont déjà nerveux à cause de la crise de la dette grecque. Ce jour-là, le programme de Sarao affiche des ordres de vente représentant environ 200 millions de dollars, soit une part considérable de la pression vendeuse visible sur l'E-mini.
En début d'après-midi à New York, tout bascule : le Dow Jones perd près de 1 000 points (environ 9 %) en quelques minutes, effaçant temporairement près de 1 000 milliards de dollars de capitalisation, avant de rebondir presque aussi vite. Certaines actions s'échangent à un centime. Selon la CFTC, Sarao gagne près de 880 000 dollars sur la seule journée.
Quelques mois plus tard, le rapport officiel de la SEC et de la CFTC explique le krach sans parler de manipulation : un grand gestionnaire de fonds américain a vendu 75 000 contrats E-mini (environ 4,1 milliards de dollars) via un algorithme insensible au prix, sur un marché déjà fragile, et les firmes de haute fréquence ont amplifié le mouvement. Le nom de Sarao n'apparaît nulle part.
C'est un trader indépendant américain, resté anonyme, qui remarque en analysant les données du krach des blocs d'ordres étranges, sans cesse modifiés puis annulés. Il alerte la CFTC, qui remonte peu à peu jusqu'à un compte britannique.
| Date | Événement |
|---|---|
| 2003 | Entrée chez Futex comme stagiaire. |
| 2008 | Départ de Futex, il trade seul depuis la maison de ses parents. |
| 2009 | Mise au point de son programme d'ordres automatisés. |
| 6 mai 2010 | Flash Crash à Wall Street. |
| 21 avril 2015 | Arrestation à Hounslow à la demande des États-Unis : 22 chefs d'accusation. |
| Août 2015 | Libération sous caution après environ quatre mois à la prison de Wandsworth. |
| Mars 2016 | La justice britannique valide son extradition. |
| Novembre 2016 | Extradé à Chicago, il plaide coupable de fraude électronique et de spoofing. |
| 28 janvier 2020 | Condamnation : peine déjà purgée et un an d'assignation à résidence. |
Le matin de l'arrestation, policiers britanniques et agents américains se présentent au domicile familial. Sarao, à peine réveillé, descend l'escalier sans comprendre ce qui lui arrive. Les 22 chefs d'accusation (fraude électronique, fraude sur matières premières, manipulation, spoofing) représentent théoriquement plus de cent ans de prison.
Le juge fixe sa caution à 5 millions de livres sterling. Malgré sa fortune sur le papier, il est incapable de la payer : ses avoirs sont gelés et ses placements irrécupérables. Il passe environ quatre mois en détention, une épreuve que ses avocats décriront comme insupportable pour une personne autiste, avant que la caution ne soit revue à la baisse.
Extradé en novembre 2016, il plaide coupable de deux chefs seulement, accepte de restituer 12,8 millions de dollars et se voit infliger par la CFTC une sanction financière supplémentaire ainsi qu'une interdiction de trader. Surtout, il coopère : pendant des années, il explique aux enquêteurs comment les manipulateurs opèrent et les aide à monter d'autres dossiers.
Le 28 janvier 2020, la juge Virginia Kendall suit les procureurs, qui saluent une « coopération extraordinaire » et reconnaissent que la cupidité n'était pas son moteur. Sarao évite la prison : il est renvoyé pour un an d'assignation à résidence dans la chambre même d'où il tradait. Quelques semaines avant les confinements liés au Covid-19, le timing ne manquait pas d'ironie.
Sarao n'a jamais dépensé son argent : pas de voiture de luxe, pas de villa, des repas au fast-food avec des coupons de réduction. Pour lui, le trading était un jeu et l'argent une simple façon de compter les points.
Aussi brillant devant un carnet d'ordres que naïf en affaires, il confie en revanche ses gains à des intermédiaires peu recommandables : montages d'optimisation fiscale offshore, projets éoliens, puis des dizaines de millions de dollars remis à un homme d'affaires mexicain installé en Suisse, Jesus Alejandro Garcia Alvarez, qui lui promettait un rendement élevé et garanti. L'argent n'a jamais été récupéré : selon l'enquête de Bloomberg, une cinquantaine de millions de dollars se sont ainsi évaporés.
Résultat : au moment de sa condamnation, l'homme qui avait gagné environ 70 millions de dollars n'avait plus rien, ou presque, d'après ses avocats. Aujourd'hui proche de la cinquantaine, il vit toujours à l'écart des médias et il lui est interdit de trader sur les marchés à terme américains. Son histoire a inspiré le livre Flash Crash du journaliste Liam Vaughan (2020) ; une adaptation au cinéma avec Dev Patel a été annoncée la même année mais, à notre connaissance, n'est pas encore sortie.
La question divise toujours les spécialistes. La justice elle-même a reconnu que la part exacte de Sarao dans le krach restait difficile à établir.
La lecture la plus répandue aujourd'hui : Sarao a contribué à fragiliser le marché, mais le Flash Crash est avant tout le produit d'une structure de marché dominée par des algorithmes qui retirent leur liquidité au pire moment. Les « coupe-circuits » renforcés depuis par les bourses visent précisément à éviter ce scénario.
Au-delà du fait divers, l'affaire Sarao contient des enseignements très concrets pour qui trade depuis chez soi.
Le spoofing est une manipulation de marché, interdite aux États-Unis par la loi Dodd-Frank et en Europe par le règlement Abus de marché (MAR), dont l'AMF assure l'application en France. Avant d'automatiser une stratégie, vérifiez qu'elle ne repose pas sur des ordres trompeurs.
Annuler un ordre est légal ; placer un ordre dans le seul but de tromper les autres participants ne l'est pas. Prenez au sérieux tout avertissement d'une bourse ou d'un courtier : Sarao a ignoré ceux du CME.
Un rendement garanti élevé est un signal d'alerte. Contrôlez l'agrément de tout intermédiaire sur les registres officiels et les listes noires de l'AMF avant de lui confier de l'argent.
Sarao a concentré l'essentiel de sa fortune dans quelques placements opaques. Répartissez vos gains sur des supports simples, liquides et régulés, et retirez régulièrement une partie de vos profits.
Choisissez un intermédiaire régulé, limitez l'effet de levier et le risque par position, et gardez en tête qu'un krach éclair peut déclencher vos stops loin du prix prévu.
Navinder Sarao n'est ni le génie du mal décrit lors de son arrestation, ni le Robin des Bois que certains ont voulu voir en lui. C'est un trader au talent rare, qui a franchi la ligne rouge en manipulant le carnet d'ordres pour battre des machines qu'il jugeait elles-mêmes déloyales, et qui a tout perdu en faisant confiance aux mauvaises personnes.
Pour le trader particulier, la morale tient en deux idées : la performance ne vaut rien si la méthode est illégale, et gagner de l'argent est une compétence différente de celle qui consiste à le conserver. Mieux vaut donc trader dans un cadre régulé, avec une gestion du risque stricte et des intermédiaires dont l'agrément est vérifiable.
Avertissement sur les risques : les CFD sont des instruments complexes qui présentent un risque élevé de perte rapide en raison de l'effet de levier. Chez la plupart des brokers, entre 69 % et 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en tradant des CFD. Consultez le pourcentage exact publié par chaque broker et assurez-vous de comprendre le fonctionnement des CFD avant d'investir.