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Navinder Sarao : le trader britannique du Flash Crash de 2010

Navinder Sarao, le trader du Flash Crash de 2010

Mis à jour le 03 octobre 2026 par l'Équipe de traders-forex.fr

Surnommé le "chien de Hounslow" (Hound of Hounslow), Navinder Singh Sarao a été accusé d'avoir manipulé le plus grand marché à terme du monde depuis sa chambre, chez ses parents. Vu la taille des ordres, les régulateurs américains pensaient traquer un cerveau criminel installé dans une grande banque ou un fonds spéculatif.

Ils poursuivaient en réalité un trader solitaire d'une banlieue populaire de l'ouest de Londres, qui a gagné environ 70 millions de dollars tout en menant une vie très modeste, à l'insu de sa propre famille. Son histoire raconte à la fois le talent d'un trader hors norme, les dérives du trading algorithmique et la manière dont une fortune peut disparaître plus vite qu'elle n'a été gagnée.

L'essentiel à retenir

  • Trader britannique spécialisé sur le contrat à terme E-mini S&P 500, formé chez Futex à partir de 2003.
  • Arrêté le 21 avril 2015 pour spoofing (faux ordres) et pour son rôle présumé dans le Flash Crash du 6 mai 2010.
  • Il plaide coupable en novembre 2016 et restitue environ 12,8 millions de dollars de profits illicites.
  • Condamné le 28 janvier 2020 à la peine déjà purgée et à un an d'assignation à résidence : aucune prison supplémentaire.
  • L'essentiel de sa fortune a été perdu dans des placements douteux.

Qui est Navinder Sarao ?

Navinder Singh Sarao, « Nav » pour ses collègues, grandit à Hounslow, à deux pas de l'aéroport d'Heathrow, dans une famille d'origine indienne. Doué pour les chiffres et doté d'une mémoire exceptionnelle, il étudie l'informatique à l'université Brunel. Passionné de jeux vidéo, il est capable de rester des heures devant un écran à repérer des schémas répétitifs, une aptitude qui fera de lui un scalpeur redoutable. Un syndrome d'Asperger lui sera diagnostiqué après son arrestation.

Fiche d'identité
Nom completNavinder Singh Sarao
SurnomLe « chien de Hounslow » (Hound of Hounslow)
OrigineHounslow, ouest de Londres (Royaume-Uni)
FormationInformatique, université Brunel
DébutsFutex (Woking), de 2003 à 2008
Marché de prédilectionContrat à terme E-mini S&P 500 (CME, Chicago)
Gains estimésEnviron 70 millions de dollars en carrière, dont 12,8 millions jugés illicites
Arrestation21 avril 2015, à son domicile
Condamnation28 janvier 2020 : peine déjà purgée + 1 an d'assignation à résidence

Les débuts chez Futex (2003-2008)

En 2003, Sarao rejoint comme stagiaire Futex, une petite société de Prop Trading installée au-dessus d'un supermarché à Woking, dans la banlieue de Londres. Le principe : la société fournit le capital et l'infrastructure, le trader lui reverse une part de ses profits.

En quelques années, il devient la figure énigmatique de la salle, celle que tous les jeunes traders observent. Il gagne énormément d'argent tout en restant d'une frugalité presque excentrique. Solitaire, il ne supporte pas les bavardages sur les derniers mouvements du marché : il s'installe à un bureau à l'écart et trade avec un casque antibruit sur les oreilles.

Il se spécialise sur les E-minis, les contrats à terme qui répliquent le S&P 500, et passe des milliers d'heures à étudier le carnet d'ordres. Selon Futex, son trading était alors entièrement manuel, au « point and click », sans aucun algorithme. Il quitte la société début 2008 pour trader à son compte, depuis la maison familiale.

Pendant la crise financière de 2008, alors que les grandes banques vacillent, il prend de très grosses positions en pariant sur une intervention des États. Selon les récits de son parcours, ces paris font passer son capital de quelques millions à plus d'une dizaine de millions de dollars en quelques séances.

Vidéo : l'ancien employeur du trader du Flash Crash prend la parole

Le spoofing : sa méthode contre les robots

Avec le temps, Sarao est de plus en plus frustré par l'arrivée des traders à haute fréquence (HFT). Leurs machines détectent ses ordres, passent devant lui et grignotent sa marge. Il s'en plaint à plusieurs reprises auprès de la bourse de Chicago, sans résultat.

Il décide alors de retourner leurs armes contre eux. À partir de 2009, il fait modifier son logiciel de trading par un développeur externe afin de créer un algorithme de trading capable de pratiquer le spoofing à grande échelle :

  • le programme empile plusieurs gros ordres de vente à quelques niveaux de prix au-dessus du marché ;
  • ces ordres se déplacent automatiquement avec le cours pour ne presque jamais être exécutés ;
  • les algorithmes concurrents lisent cette pression vendeuse fictive et font baisser les prix ;
  • Sarao profite du mouvement avec de vrais ordres, puis les faux ordres sont annulés.

La technique est redoutablement rentable : la justice américaine lui reprochera environ 40 millions de dollars de gains entre 2010 et 2014 sur ce marché, dont 12,8 millions directement attribués aux faux ordres.

À savoir : le spoofing est une manipulation de marché. Il est expressément interdit aux États-Unis depuis la loi Dodd-Frank de 2010 et, en Europe, par le règlement Abus de marché (MAR), que l'AMF fait appliquer en France. Cette page décrit la méthode à titre historique, pas comme une stratégie à reproduire.

Le Flash Crash du 6 mai 2010

Le 6 mai 2010, les marchés sont déjà nerveux à cause de la crise de la dette grecque. Ce jour-là, le programme de Sarao affiche des ordres de vente représentant environ 200 millions de dollars, soit une part considérable de la pression vendeuse visible sur l'E-mini.

En début d'après-midi à New York, tout bascule : le Dow Jones perd près de 1 000 points (environ 9 %) en quelques minutes, effaçant temporairement près de 1 000 milliards de dollars de capitalisation, avant de rebondir presque aussi vite. Certaines actions s'échangent à un centime. Selon la CFTC, Sarao gagne près de 880 000 dollars sur la seule journée.

Quelques mois plus tard, le rapport officiel de la SEC et de la CFTC explique le krach sans parler de manipulation : un grand gestionnaire de fonds américain a vendu 75 000 contrats E-mini (environ 4,1 milliards de dollars) via un algorithme insensible au prix, sur un marché déjà fragile, et les firmes de haute fréquence ont amplifié le mouvement. Le nom de Sarao n'apparaît nulle part.

De l'enquête à la condamnation : la chronologie

C'est un trader indépendant américain, resté anonyme, qui remarque en analysant les données du krach des blocs d'ordres étranges, sans cesse modifiés puis annulés. Il alerte la CFTC, qui remonte peu à peu jusqu'à un compte britannique.

DateÉvénement
2003Entrée chez Futex comme stagiaire.
2008Départ de Futex, il trade seul depuis la maison de ses parents.
2009Mise au point de son programme d'ordres automatisés.
6 mai 2010Flash Crash à Wall Street.
21 avril 2015Arrestation à Hounslow à la demande des États-Unis : 22 chefs d'accusation.
Août 2015Libération sous caution après environ quatre mois à la prison de Wandsworth.
Mars 2016La justice britannique valide son extradition.
Novembre 2016Extradé à Chicago, il plaide coupable de fraude électronique et de spoofing.
28 janvier 2020Condamnation : peine déjà purgée et un an d'assignation à résidence.

Le matin de l'arrestation, policiers britanniques et agents américains se présentent au domicile familial. Sarao, à peine réveillé, descend l'escalier sans comprendre ce qui lui arrive. Les 22 chefs d'accusation (fraude électronique, fraude sur matières premières, manipulation, spoofing) représentent théoriquement plus de cent ans de prison.

Le juge fixe sa caution à 5 millions de livres sterling. Malgré sa fortune sur le papier, il est incapable de la payer : ses avoirs sont gelés et ses placements irrécupérables. Il passe environ quatre mois en détention, une épreuve que ses avocats décriront comme insupportable pour une personne autiste, avant que la caution ne soit revue à la baisse.

Extradé en novembre 2016, il plaide coupable de deux chefs seulement, accepte de restituer 12,8 millions de dollars et se voit infliger par la CFTC une sanction financière supplémentaire ainsi qu'une interdiction de trader. Surtout, il coopère : pendant des années, il explique aux enquêteurs comment les manipulateurs opèrent et les aide à monter d'autres dossiers.

Le 28 janvier 2020, la juge Virginia Kendall suit les procureurs, qui saluent une « coopération extraordinaire » et reconnaissent que la cupidité n'était pas son moteur. Sarao évite la prison : il est renvoyé pour un an d'assignation à résidence dans la chambre même d'où il tradait. Quelques semaines avant les confinements liés au Covid-19, le timing ne manquait pas d'ironie.

Où est passée sa fortune ?

Sarao n'a jamais dépensé son argent : pas de voiture de luxe, pas de villa, des repas au fast-food avec des coupons de réduction. Pour lui, le trading était un jeu et l'argent une simple façon de compter les points.

Aussi brillant devant un carnet d'ordres que naïf en affaires, il confie en revanche ses gains à des intermédiaires peu recommandables : montages d'optimisation fiscale offshore, projets éoliens, puis des dizaines de millions de dollars remis à un homme d'affaires mexicain installé en Suisse, Jesus Alejandro Garcia Alvarez, qui lui promettait un rendement élevé et garanti. L'argent n'a jamais été récupéré : selon l'enquête de Bloomberg, une cinquantaine de millions de dollars se sont ainsi évaporés.

Résultat : au moment de sa condamnation, l'homme qui avait gagné environ 70 millions de dollars n'avait plus rien, ou presque, d'après ses avocats. Aujourd'hui proche de la cinquantaine, il vit toujours à l'écart des médias et il lui est interdit de trader sur les marchés à terme américains. Son histoire a inspiré le livre Flash Crash du journaliste Liam Vaughan (2020) ; une adaptation au cinéma avec Dev Patel a été annoncée la même année mais, à notre connaissance, n'est pas encore sortie.

Sarao est-il vraiment responsable du Flash Crash ?

La question divise toujours les spécialistes. La justice elle-même a reconnu que la part exacte de Sarao dans le krach restait difficile à établir.

Ce qui le disculpe
  • Le rapport officiel de 2010 explique le krach sans lui, par un ordre de vente de 4,1 milliards de dollars.
  • Son programme aurait été désactivé quelques minutes avant le plus fort de la chute.
  • Plusieurs études universitaires jugent son impact marginal face au retrait des firmes de haute fréquence.
  • Il n'a plaidé coupable que de spoofing et de fraude, pas d'avoir provoqué le krach.
Ce qui l'accuse
  • Ses faux ordres représentaient une part importante de la pression vendeuse sur l'E-mini ce jour-là.
  • Il a utilisé son programme de façon particulièrement intensive le 6 mai 2010.
  • La bourse de Chicago l'avait averti à plusieurs reprises au sujet de ses ordres.
  • Il a reconnu avoir manipulé ce marché pendant des années.

La lecture la plus répandue aujourd'hui : Sarao a contribué à fragiliser le marché, mais le Flash Crash est avant tout le produit d'une structure de marché dominée par des algorithmes qui retirent leur liquidité au pire moment. Les « coupe-circuits » renforcés depuis par les bourses visent précisément à éviter ce scénario.

5 leçons pour le trader particulier

Au-delà du fait divers, l'affaire Sarao contient des enseignements très concrets pour qui trade depuis chez soi.

1
Connaître les règles du marché

Le spoofing est une manipulation de marché, interdite aux États-Unis par la loi Dodd-Frank et en Europe par le règlement Abus de marché (MAR), dont l'AMF assure l'application en France. Avant d'automatiser une stratégie, vérifiez qu'elle ne repose pas sur des ordres trompeurs.

2
Ne passer que des ordres que vous comptez exécuter

Annuler un ordre est légal ; placer un ordre dans le seul but de tromper les autres participants ne l'est pas. Prenez au sérieux tout avertissement d'une bourse ou d'un courtier : Sarao a ignoré ceux du CME.

3
Vérifier à qui vous confiez votre capital

Un rendement garanti élevé est un signal d'alerte. Contrôlez l'agrément de tout intermédiaire sur les registres officiels et les listes noires de l'AMF avant de lui confier de l'argent.

4
Diversifier et sécuriser vos gains

Sarao a concentré l'essentiel de sa fortune dans quelques placements opaques. Répartissez vos gains sur des supports simples, liquides et régulés, et retirez régulièrement une partie de vos profits.

5
Trader avec un broker régulé et un risque maîtrisé

Choisissez un intermédiaire régulé, limitez l'effet de levier et le risque par position, et gardez en tête qu'un krach éclair peut déclencher vos stops loin du prix prévu.

FAQ - Questions fréquentes

Qui est Navinder Sarao ? ▾
Navinder Singh Sarao est un trader britannique originaire de Hounslow, dans l'ouest de Londres. Il a gagné environ 70 millions de dollars en tradant les contrats à terme E-mini S&P 500 depuis la maison de ses parents, avant d'être arrêté en 2015 pour manipulation de marché en lien avec le Flash Crash du 6 mai 2010.
Pourquoi le surnomme-t-on le « chien de Hounslow » ? ▾
Le surnom « Hound of Hounslow » a été donné par la presse britannique après son arrestation en 2015. C'est un clin d'œil au « Loup de Wall Street » : Hounslow est la banlieue populaire de Londres où il vivait et tradait.
Qu'est-ce que le spoofing ? ▾
Le spoofing consiste à afficher de gros ordres d'achat ou de vente sans intention de les exécuter, afin de donner une fausse image de l'offre et de la demande, puis à les annuler une fois le prix déplacé. C'est une manipulation de marché interdite aux États-Unis comme en Europe.
Navinder Sarao a-t-il causé à lui seul le Flash Crash de 2010 ? ▾
Non, pas à lui seul. Le rapport officiel de 2010 attribuait le déclenchement à un ordre de vente massif d'un gestionnaire de fonds américain, amplifié par le trading haute fréquence. Les autorités ont ensuite estimé que les ordres de Sarao avaient contribué au déséquilibre du marché, mais l'ampleur de son rôle reste débattue.
Combien Navinder Sarao a-t-il gagné ? ▾
Ses gains de trading sont estimés à environ 70 millions de dollars sur l'ensemble de sa carrière. La justice américaine a retenu environ 12,8 millions de dollars de profits illicites liés au spoofing, et la CFTC a chiffré à près de 880 000 dollars son gain le jour du Flash Crash.
Quelle peine Navinder Sarao a-t-il reçue ? ▾
Le 28 janvier 2020, un tribunal fédéral de Chicago l'a condamné à la peine déjà purgée (quatre mois de détention à Londres en 2015) assortie d'un an d'assignation à résidence chez ses parents. Il a restitué ses profits illicites et il lui est interdit de trader sur les marchés à terme américains.
Navinder Sarao a-t-il fait de la prison ? ▾
Oui, environ quatre mois à la prison de Wandsworth, à Londres, en 2015, faute de pouvoir payer sa caution de 5 millions de livres. Il n'a purgé aucune peine de prison supplémentaire après sa condamnation.
Où est passée la fortune de Navinder Sarao ? ▾
L'essentiel de sa fortune, de l'ordre de 50 millions de dollars, a été englouti dans des placements hasardeux confiés à des intermédiaires peu fiables. Le reste a servi à rembourser ses profits illicites. Selon ses avocats, il ne lui restait pratiquement rien au moment de sa condamnation.
Existe-t-il un livre ou un film sur Navinder Sarao ? ▾
Oui. Le journaliste Liam Vaughan a publié en 2020 le livre de référence « Flash Crash ». Une adaptation au cinéma avec Dev Patel a été annoncée la même année ; à notre connaissance, elle n'est pas encore sortie en salles.

Conclusion

Navinder Sarao n'est ni le génie du mal décrit lors de son arrestation, ni le Robin des Bois que certains ont voulu voir en lui. C'est un trader au talent rare, qui a franchi la ligne rouge en manipulant le carnet d'ordres pour battre des machines qu'il jugeait elles-mêmes déloyales, et qui a tout perdu en faisant confiance aux mauvaises personnes.

Pour le trader particulier, la morale tient en deux idées : la performance ne vaut rien si la méthode est illégale, et gagner de l'argent est une compétence différente de celle qui consiste à le conserver. Mieux vaut donc trader dans un cadre régulé, avec une gestion du risque stricte et des intermédiaires dont l'agrément est vérifiable.

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